RÉFLEXIONS D'UNE FEMME TRANS (1/5)

Publié le 07/08/2026 · Par Calie Saul

LE TOUT EST TOUJOURS SUPÉRIEUR À LA SOMME DE SES PARTIES.

Prettysleepy CC 0

Je suis une femme trans et je m’appelle Calie. J’appartiens au collectif des Braqueuses et j’ai choisi de prendre la parole ici parce que le sujet de la transidentité a pris une tournure très politique dans le débat public et que je ne me reconnais pas toujours dans les simplifications nécessaires à toute forme d’activisme. J’insiste sur l’adjectif « nécessaires » parce que j’ai moi-même tant bénéficié des avancées sociales arrachées de haute lutte par mes pairs.

Mais voilà, comme le dit l’adage : « Le tout est supérieur à la somme de ses parties ». Je suis la somme de mon parcours de vie, de mes contradictions. Le « tout », mon identité, est pour moi une source quotidienne d’interrogations et d’émerveillement. Et je ne souhaiterais pas qu’il en fût autrement.

Il y a trois ans de cela, mon éditeur m’a demandé pour la première fois quelques lignes de bio. Il a souri en lisant que j’avais écrit : « femme trans, père de deux enfants ». Nous y reviendrons, mais ce sujet de la parentalité est évidemment central dans ma vie. Je suis une femme trans de 50 ans, père de deux enfants, docteur en physique, experte dans le nucléaire. Je dirige une équipe d’ingénieurs qui m’appellent souvent « maman ». J’ai un boulot passionnant, des revenus confortables et un compagnon merveilleux à mon côté. 

Je suis une femme trans, différente de chaque autre femme trans, de chaque autre femme, de chaque autre personne. Je n’ai à partager aucune leçon générale, juste une expérience singulière. Précision nécessaire aujourd’hui : j’ai choisi dans ces pages d’accorder mes qualificatifs au genre ressenti au moment de vie relaté. Car j’ai été plusieurs personnes, et même si cela n’a pas été toujours facile, je les ai toutes aimées. 

J’ai grandi en région parisienne avec ma sœur, aimé par mes parents, et mes grands-parents. J’ai été un petit garçon très heureux (et très heureux d’être un petit garçon). Je voulais être astronome, je jouais aux petits soldats, je faisais des maquettes de bateaux et ne portais pas en cachette les vêtements de ma mère. J’étais joyeux, j’avais des amis en nombre et peu de grands problèmes.

La puberté fut moins clémente. Je déclenchais des angoisses de mort, se manifestant par des terreurs nocturnes où je faisais l’expérience terrible du néant. Il me faudra trente ans pour apprendre que mon père et ma sœur avaient été frappés de la même affliction au même âge. À l’école, je devins affreusement timide. Pourtant dès 14 ans, je me découvris du succès avec les filles, beaucoup de succès. Cela n’eut pas pour effet de me libérer, mes inhibitions se renforcèrent. 

À une époque sans internet, mon éveil à la sexualité se fit dans les revues érotiques et les images volées au porno du samedi soir sur Canal+. Je ne doutais pas un instant de mon hétérosexualité puisque que je ne fantasmais que sur des femmes. Plus précisément je fantasmais sur « des femmes + une », puisque je me mis à emprunter les affaires de ma sœur et dans le secret de ma chambre, tombais en grand désir de la fille dans le miroir. Cet auto-fétichisme ne faisait que renforcer mon attirance pour la gent féminine, et je commençais d’ailleurs pour mon plus grand plaisir à avoir des « petites copines ». 

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