Femmes : de l’écriture au vote, quatre histoires d’autonomie

Publié le 08/10/2026 · Par Nicolas Gary

De l'écriture d'un premier roman à la protection des éléphants, de la mémoire des résistantes au droit de vote, quatre actualités racontent différentes formes d'autonomie féminine. En Espagne, au Kenya, en Italie et au Brésil, une actrice devenue romancière, des soigneuses, des associations et une institution électorale font évoluer les pratiques, ouvrent des perspectives et rappellent que l'exercice des droits dépend aussi de conditions concrètes.

Athuman Komora Garisse, CC BY SA 4.0

L'actrice espagnole Miriam Garlo passe à l'écriture, des Samburu du Kenya trouvent de nouvelles ressources dans la protection des éléphants, des cyclistes italiens parcourent les lieux de mémoire de la Résistance et une juridiction brésilienne adapte l'organisation du vote aux victimes de violences domestiques. Quatre initiatives récentes, entre création, indépendance économique, transmission historique et droits civiques, qui éclairent des réalités rarement réunies dans l'actualité internationale.

En Espagne, Miriam Garlo vient d'ajouter un premier roman à son parcours artistique. Récompensée par le Goya du meilleur espoir féminin pour son interprétation dans Sorda, film réalisé par sa sœur Eva Libertad, elle publie Volar con un ala rota chez Roca Editorial. Dans un entretien accordé le 7 octobre à El País, l'actrice et écrivaine revient sur la manière dont la fiction peut raconter l'expérience de la surdité sans réduire les personnages à leur handicap.

Le livre suit Sakia, une artiste sourde dont le parcours emprunte plusieurs épisodes à la vie de l'autrice : l'enfance en Murcie, les études à Madrid, l'épuisement provoqué par certains emplois et la découverte tardive de la langue des signes. Devenue sourde à sept ans, Garlo n'a elle-même appris cette langue qu'à trente ans. Elle refuse pourtant de faire de son héroïne un simple double littéraire. Sakia peut se montrer colérique, déplaisante ou contradictoire. L'écrivaine revendique cette complexité, estimant qu'un personnage ne saurait être défini par une seule caractéristique.

L'envie d'écrire s'est notamment nourrie des messages reçus après la sortie de Sorda. Des femmes malentendantes ou confrontées à une perte progressive de l'audition lui racontaient les difficultés rencontrées dans leurs relations, leur entourage et leur quotidien. Le roman lui donne la liberté d'aborder ces expériences autrement que par le témoignage direct, en explorant aussi les rapports amoureux, les inégalités et la construction de soi.

Garlo évoque notamment le phonocentrisme, qui privilégie la communication orale, et l'audisme, une forme de discrimination envers les personnes sourdes ou malentendantes. À travers Sakia, elle interroge la place accordée à celles et ceux qui n'entendent pas dans une société organisée autour de l'audition. La littérature devient ainsi un espace de représentation complémentaire du cinéma, où le handicap ne résume ni l'identité ni les aspirations d'une femme.

À plusieurs milliers de kilomètres, dans le nord du Kenya, une autre histoire d'indépendance se construit autour des éléphants. Le reportage publié le 6 octobre par Positive News suit notamment Dorothy Lowakutuk, devenue en 2016 l'une des premières soigneuses d'éléphants d'Afrique. Son parcours est lié au sanctuaire de Reteti, créé cette même année et présenté comme le premier établissement africain de ce type appartenant à une communauté autochtone.

Le journaliste Robin Eveleigh raconte notamment le sauvetage de Nemparwai, une éléphanteau âgée d'à peine une semaine lorsqu'elle est arrivée au sanctuaire. Tombée dans un puits, blessée et les yeux gonflés, elle refusait d'abord de s'alimenter. Dorothy Lowakutuk est restée à ses côtés pendant deux nuits, lui parlant et chantant pour gagner sa confiance. Le deuxième jour, l'animal a commencé à boire le lait recueilli dans les mains de sa soigneuse.

Cette relation donne une dimension très personnelle à un projet dont les effets dépassent la conservation de la faune. Issue de la communauté samburu, Lowakutuk a grandi dans un environnement où les hommes occupaient traditionnellement l'essentiel des positions d'autorité. Son travail à Reteti lui a apporté un revenu, une indépendance accrue et de nouvelles responsabilités. Elle participe désormais aux soins des animaux et à l'accueil des visiteurs.

Le sanctuaire emploie 110 personnes issues des communautés locales. Son fonctionnement repose également sur quelque 1 250 femmes qui fournissent chaque mois plus de 20 000 litres de lait de chèvre destinés aux jeunes éléphants recueillis. Cette activité procure des revenus réguliers à des familles vivant notamment de l'élevage. Certaines fournisseuses ont ainsi pu ouvrir leur premier compte bancaire.

En 2025, près de 342 000 dollars ont été directement versés à des membres de la communauté samburu. Ce montant ne correspond pas uniquement aux revenus des productrices de lait, mais aux retombées économiques plus larges du projet. Reteti consacre également une partie de ses recettes touristiques à des initiatives collectives. La protection des animaux s'accompagne ainsi de possibilités professionnelles et financières pour les habitantes, dans une région où leur participation aux décisions demeure marquée par les traditions patriarcales.

La question de la transmission prend une autre forme en Italie. À Pérouse, une trentaine de cyclistes ont participé à une étape de la Staffetta del domani, une randonnée consacrée à la mémoire des femmes ayant contribué à la Résistance et à la naissance de la République italienne. L'événement, relaté le 6 octobre par ANSA, s'inscrit dans un projet porté par l'Association nationale des mutilés et invalides de guerre, en collaboration avec une association de victimes civiles de guerre et plusieurs organisations locales.

Les participants se sont retrouvés aux jardins du Frontone avant de rejoindre différents lieux liés à l'histoire de la Libération. À Porta Pesa, l'historien Luca Gatti a apporté son témoignage. Le parcours s'est poursuivi au cimetière monumental, avec les explications de Primo Tenca, puis à Ponte Valleceppi, où Luca Mauri et Antonella Pesola ont rappelé le sort de deux habitantes de Pérouse tuées par des militaires indiens.

L'initiative ne se limite pas aux figures connues de la Résistance. Elle cherche également à conserver la trace d'événements locaux et de destins individuels, en associant les lieux historiques aux récits transmis par les intervenants. Pour Remo Gasperini, président de l'association organisatrice, l'objectif est de rappeler aux jeunes générations la contribution des femmes à la lutte pour la liberté, puis à la construction de la République.

Après une première étape à Foligno, celle de Pérouse prolonge cette démarche en faisant du vélo un moyen de découvrir le territoire et son histoire. Les organisateurs entendent ainsi entretenir le souvenir des engagements passés en dehors des seules cérémonies commémoratives, au contact des lieux où se sont déroulés les événements.

Au Brésil, c'est une décision du Tribunal régional électoral du Rio Grande do Norte qui vise à faciliter l'exercice d'un droit fondamental. Dans cet État du nord-est du pays, les femmes bénéficiant de mesures judiciaires de protection contre les violences domestiques ont obtenu un accès prioritaire aux bureaux de vote pour le premier tour des élections générales du 4 octobre. L'information a été rapportée le 3 octobre par Agência Brasil.

La mesure étend à l'ensemble de l'État une disposition auparavant réservée aux femmes accompagnées par la Patrulha Maria da Penha, un dispositif de la garde municipale de Natal chargé de leur protection. Désormais, les électrices concernées peuvent bénéficier de cette priorité quel que soit leur domicile électoral, qu'elles soient accompagnées ou non par des forces de sécurité.

Le tribunal entend ainsi préserver leur intégrité physique et faciliter les déplacements vers les lieux de vote. Les données de la police civile, reprises par Agência Brasil, donnent une indication de l'ampleur des besoins : plus de 5 000 femmes avaient sollicité des mesures de protection contre les violences domestiques entre janvier et le début du mois d'août 2026.

L'article ne précise pas combien d'électrices ont effectivement bénéficié de cette disposition lors du scrutin. La décision constitue néanmoins une adaptation de l'organisation électorale à la situation des victimes de violences, en tenant compte des contraintes de sécurité susceptibles de compliquer leur participation. Elle complète, sur le terrain institutionnel, les démarches observées en Espagne, au Kenya et en Italie : des réponses différentes à des obstacles qui touchent aussi bien l'expression personnelle que l'activité professionnelle, la transmission de l'histoire ou l'accès aux droits civiques.

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