Des mots aux musées, comment les femmes reprennent place
Non-mixité choisie, documentaire sur les femmes maghrébines, biais de carrière et regard féminin sur l’art : quatre articles suivent les lieux où se reprend la parole. Medfeminiswiya, Les Nouvelles News et Le Temps documentent des espaces réservés, des récits médiatiques, des enquêtes d’entreprise et des expositions qui déplacent les assignations. Cette revue suit les supports qui transforment des expériences dispersées en savoirs publics.
Le dossier publié le 15 juillet 2026 par Medfeminiswiya ouvre la revue par des lieux pensés pour desserrer la pression du regard. Olfa Belhassine y observe la non-mixité choisie dans plusieurs contextes méditerranéens : soirées réservées aux femmes en Italie, activités sportives en France et à Gaza, club de lecture en Algérie, espace de solidarité entre femmes alaouites en Syrie, café réservé aux femmes en Égypte. Le panorama donne d’emblée une méthode : partir de situations concrètes, plutôt que d’un débat abstrait sur la séparation.
L’article ne présente pas ces initiatives comme un modèle unique. Leur intérêt tient au contraire à leur diversité : loisirs, sport, lecture, entraide, sociabilité urbaine. Dans chaque cas, le principe reste temporaire et situé. Il s’agit de permettre à des femmes de parler, d’apprendre ou d’occuper un lieu sans être ramenées aux jugements sur leur corps, à l’injonction de disponibilité ou au male gaze. Medfeminiswiya rappelle aussi les critiques adressées à ces pratiques, accusées par leurs détracteurs de reproduire les divisions qu’elles contestent. Le dossier les décrit plutôt comme des outils : des sas où la confiance peut se reconstruire avant le retour dans l’espace commun.
Le deuxième article du même média déplace cette question vers l’écran. Le 29 juin 2026, Medfeminiswiya publie, sous la signature de Louise Aurat, un texte consacré à Maghrébines, documentaire de la journaliste, autrice et réalisatrice franco-marocaine Nesrine Slaoui. Le film enquête autour du mot « beurette », retrace son origine et son évolution, puis donne la parole à une trentaine de femmes françaises originaires d’Algérie, de Tunisie ou du Maroc.
La source originelle est ici le documentaire lui-même, disponible selon l’article sur YouTube Slash et sur la plateforme de France Télévisions jusqu’au 27 avril 2028. Medfeminiswiya insiste sur sa forme : une quarantaine de minutes mêlant entretiens, reportages, références intimes et historiques. Le film ne cherche pas à fabriquer une identité maghrébine uniforme. Il fait apparaître des désaccords sur les mots — « maghrébine », « nord-africaine », « rebeu », « DZ » — et montre que le pouvoir de se nommer reste central lorsque les catégories ont longtemps été imposées de l’extérieur.
L’article rattache aussi le documentaire à l’histoire médiatique des femmes non blanches en France. Il évoque les clichés attachés à la figure de la « beurette », la sexualisation des corps, les préjugés hérités de l’époque coloniale et le cyberharcèlement subi par Nesrine Slaoui. Cette dernière est aussi l’autrice de Notre dignité : un féminisme pour les Maghrébines en milieux hostiles, paru chez Stock en 2024. Le passage par le livre, puis par le film, dessine une continuité : écrire et filmer pour reprendre le contrôle d’une image publique dégradée par les stéréotypes.
Avec Les Nouvelles News, la revue quitte les représentations culturelles pour l’entreprise. Le 17 juillet 2026, Isabelle Germain s’appuie sur une étude parue dans la Harvard Business Review, codirigée par Dwayne Whitten, Wendy R. Boswell et Susan Oldroyd. L’article rappelle qu’en 1965, la revue américaine interrogeait déjà 2000 cadres sur la place des femmes dans les fonctions de direction. Soixante ans plus tard, les préjugés explicites ont reculé, mais l’écart de perception entre hommes et femmes s’est creusé.
Les chiffres publiés donnent la mesure de ce décalage. En 2026, 90 % des femmes interrogées estiment être évaluées plus sévèrement que leurs homologues masculins lorsqu’elles exercent des responsabilités, contre environ 35 % des hommes. Autre écart : 83 % des femmes disent devoir être plus performantes que les hommes pour réussir, opinion partagée par seulement 28 % des hommes. L’article décrit ce mécanisme comme le biais du « prove-it-again » : les compétences masculines sont présumées, celles des femmes doivent être démontrées à répétition.
L’enquête touche aussi au mythe méritocratique. Selon les données rapportées, 76 % des hommes estiment que leur entreprise fonctionne comme une méritocratie, contre 40 % des femmes. Ces dernières accèdent en outre plus souvent aux fonctions support qu’aux postes opérationnels, considérés comme des tremplins vers la direction générale ; en 2025, elles n’occupaient que 16 % des postes de COO. Pour cette revue, le sujet prolonge les deux précédents : la parole ne dépend pas seulement du droit à s’exprimer, mais des structures qui accordent crédibilité, visibilité et occasions réelles d’avancer.
Le regard devient enfin un objet muséal dans l’article publié le 25 juillet 2026 par Le Temps. Eléonore Sulser rend compte de deux expositions organisées par le Mamco hors les murs au Musée Rath, à Genève : une monographie consacrée à Sylvia Sleigh, peintre anglo-américaine née en 1916 et morte en 2010, et l’accrochage Refaire collection. Le premier parcours met en avant une artiste qui a renversé les codes du nu en posant son propre regard sur des modèles masculins, notamment avec Imperial Nude, portrait de Paul Rosano peint en 1975.
L’autre exposition, collective, s’ouvre sur une installation des Guerrilla Girls. Le Temps rappelle leur manière d’interroger frontalement la place des femmes dans les musées : pourquoi les collections montrent-elles tant de corps féminins nus et si peu d’artistes femmes ? La question résume le fil de l’article : le problème n’est pas seulement l’absence des créatrices, mais le type d’images qui a longtemps occupé les cimaises. En réunissant Sylvia Sleigh et Refaire collection, le Mamco ne se contente pas de présenter des œuvres ; il met en discussion les critères par lesquels l’histoire de l’art a regardé, classé et exposé les corps.