Exil, mémoire, travail : quatre avancées portées par des femmes

Publié le 24/09/2026 · Par Nicolas Gary

Du Caire au littoral brésilien, de l’Espagne à l’Italie, quatre actualités placent les femmes au cœur de transformations très concrètes : reconstruire une activité après l’exil, préserver des savoirs, faire reconnaître les contraintes d’un métier ou participer aux décisions sur l’après-guerre. Artisanat, documentaire, travail et économie dessinent moins un même combat qu’une même conquête de visibilité et de capacité d’action.

Crédits photo : Elihu Grant, CC BY SA 4.0 - Palestinienne de Jifna tissant selon une technique traditionnelle, vers 1907

Au Caire, le Festival international des arts et du folklore donne à voir des trajectoires façonnées par l’exil, mais aussi par la reprise d’une activité. ANSAmed rencontre notamment Heba, originaire de Gaza City. Après avoir beaucoup perdu et vendu le reste, elle vit depuis 2023 dans la capitale égyptienne, où elle est responsable d’ateliers pour l’association Taabu.

L’organisation rassemble plus de 500 Palestiniennes ayant fui la guerre. Elles fabriquent des produits artisanaux désormais exportés jusqu’aux États-Unis. Derrière les pièces présentées au festival se dessine ainsi une reconstruction très matérielle : retrouver une activité, mobiliser des savoir-faire et recréer des liens loin du territoire quitté. Le reportage suit aussi Siham, architecte au Soudan avant son départ. Elle travaille aujourd’hui avec Heritage Veranda, une autre association de femmes réfugiées, qui importe et produit des objets traditionnels ainsi que des cosmétiques naturels.

ANSAmed replace ces parcours dans une situation égyptienne plus complexe que le seul cadre du festival. Le pays accueille des millions de réfugiés, tandis que la majorité des personnes et associations concernées ne peuvent pas s’enregistrer. Le récit s’attarde donc moins sur une réussite individuelle que sur ce qui se recompose après le déplacement : un travail, des gestes transmis et la possibilité de se projeter loin des conflits.

Cette question de la transmission traverse aussi le littoral du Paraná, au Brésil, où elle devient matière de cinéma. Le documentaire Mulheres do Lagamar, projeté gratuitement à Antonina les 23 et 24 septembre, rassemble pendant 75 minutes les expériences de femmes issues de différentes communautés côtières. Le Correio do Litoral évoque notamment des ramasseuses de coquillages, pêcheuses, sages-femmes, guérisseuses, artisanes, collectrices de cataia, productrices de farine et participantes au fandango.

Le film associe leurs connaissances au travail en mer et dans la forêt, à la spiritualité, à la culture et aux formes de résistance qui structurent l’identité locale. Les habitantes deviennent ainsi les passeuses d’une mémoire collective attachée à un territoire et à ses pratiques. L’argument, la recherche et la production sont signés Rita Bender ; Beto Carminatti assure le scénario et la réalisation.

Le projet a été approuvé dans le cadre du Programa Estadual de Incentivo à Cultura, Profice, du secrétariat à la Culture de l’État du Paraná. Après Antonina, des séances sont prévues à Morretes le 25 septembre, puis à Curitiba le 20 octobre. Le documentaire fait ainsi passer à l’écran des connaissances construites au fil des générations et largement conservées par la pratique. Après l’artisanat des Palestiniennes au Caire, le support change, mais les gestes et les expériences trouvent là encore une manière de circuler.

En Espagne, la reconnaissance se joue cette fois dans le droit du travail. Le 22 septembre, la commission du Travail du Congrès a approuvé une proposition non législative de Sumar demandant que les personnels navigants commerciaux puissent accéder à la retraite anticipée. El País souligne que ces salariées, presque toutes des femmes, restent les seules professionnelles travaillant à bord des avions à ne pas bénéficier du dispositif accordé notamment aux pilotes.

Le vote ne modifie pas immédiatement leur âge de départ. La proposition n’a pas valeur de loi : elle demande au gouvernement de modifier le décret de 1986 qui encadre la retraite anticipée des pilotes afin d’y inclure les personnels de cabine. Le PSOE et Junts l’ont soutenue, le PP s’est abstenu et Vox a voté contre. La décision constitue donc, à ce stade, une demande politique adressée à l’exécutif plutôt qu’un nouveau droit déjà entré en vigueur.

Le texte présenté par Sumar mentionne notamment les perturbations du cycle circadien et du sommeil, les risques liés à l’exposition répétée à une atmosphère pressurisée, susceptibles de provoquer pertes auditives et lésions de l’oreille, ainsi que les radiations cosmiques. CC OO et UGT, qui réclament cette évolution depuis plusieurs années, ont salué le vote tout en demandant une modification rapide de la réglementation. Les syndicats travaillent par ailleurs à l’accès à la retraite anticipée d’autres professions, dont les personnels d’assistance au sol.

À Milan, enfin, l’enjeu se déplace vers la participation aux décisions économiques. ANSA rapporte la présentation du premier Women Economic Forum Europe, organisé les 24 et 25 septembre au château de Tabiano, dans la province de Parme. Son objectif annoncé est de transformer la solidarité envers les Ukrainiennes en partenariats opérationnels et projets de développement, en favorisant leur participation aux décisions économiques, industrielles et géopolitiques liées à la reconstruction de l’Ukraine.

L’événement a été imaginé par Chiara Corazza, présidente du WEF Europe, et organisé avec Tabiano Talks, sous le patronage de la Commission européenne. Lors de sa présentation à Milan sont notamment intervenues Oleksandra Matviichuk, militante ukrainienne des droits humains, et Claudia Colla, directrice de la représentation de la Commission européenne à Milan. La rencontre doit réunir représentants des institutions européennes, entreprises, acteurs financiers et société civile.

À ce stade, il s’agit d’un forum et d’objectifs annoncés, non du bilan de projets déjà réalisés. Cette différence importe : au Caire, des réfugiées ont déjà reconstruit une activité ; au Paraná, un film recueille des savoirs et des mémoires ; en Espagne, une commission parlementaire a adopté une proposition qui doit encore être suivie d’effet. À Tabiano, les rencontres doivent désormais convertir une intention en partenariats. Quatre temporalités différentes, donc, pour des femmes tour à tour productrices, dépositaires de savoirs, travailleuses revendiquant la reconnaissance de la pénibilité ou participantes annoncées aux décisions sur la reconstruction.

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