Femmes au pouvoir, autrices en rayon : trois avancées concrètes

Publié le 20/08/2026 · Par Team Les Braqueuses

Au Brésil, au Liechtenstein et en Australie, trois initiatives corrigent des déséquilibres installés de longue date : sous-représentation politique, succession réservée aux hommes et patrimoine littéraire largement masculin. Une proposition veut partager les sièges législatifs à égalité, une monarchie abolit une règle vieille de quatre siècles et une bibliothèque recherche les autrices négligées par ses premiers conservateurs.

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Au Brésil, la question de la représentation passe par une proposition de loi d’initiative populaire. Des mouvements sociaux ont annoncé le lancement, le 12 août, d’une plateforme numérique destinée à recueillir 1,7 million de signatures en faveur d’un texte qui réserverait 50 % des sièges des assemblées municipales, des législatures des États et du Congrès fédéral aux femmes, rapporte la Folha de S.Paulo. La moitié de ces places, soit 25 % du total, serait attribuée à des femmes noires.

Le projet s’appuie sur un déséquilibre chiffré : les femmes représentent 51,5 % de la population brésilienne, selon les données de l’IBGE citées par les promoteurs, mais occupent environ 17 % des fonctions législatives. À la Chambre des députés, elles sont 77 parmi 513 parlementaires, dont 13 femmes noires. Dans les conseils municipaux de l’État de São Paulo, elles détiennent 7.803 des 57.814 sièges, soit 13,5 %, tandis que les femmes noires représentent 5,6 % des élus municipaux.

Les organisations à l’origine du texte jugent insuffisante la règle électorale qui impose à chaque parti ou coalition un minimum de 30 % et un maximum de 70 % de candidatures de chaque sexe. Leur proposition déplacerait donc le principe de parité du dépôt des candidatures vers la répartition des mandats effectivement obtenus.

Le ministère public de São Paulo compte parmi les coauteurs, aux côtés notamment du Movimento Mais Mulheres na Política, de la Rede Feminista de Juristas, du Grupo de Estudos de Gênero e Política de l’USP et de l’Observatório de Candidaturas Femininas de l’OAB-SP. La campagne a été présentée à la Faculté de droit de l’Université de São Paulo.

À ce stade, aucune réforme n’est adoptée. Les promoteurs doivent d’abord réunir le nombre de signatures requis pour transmettre leur projet au Congrès national. L’initiative transforme néanmoins un constat de sous-représentation en proposition législative précise : non plus seulement agir sur les listes électorales, mais sur la composition même des assemblées.

Au Liechtenstein, le changement concerne une institution d’une tout autre nature. La maison princière a mis fin à plus de quatre siècles de primogéniture masculine. Le prince héritier Alois a annoncé la réforme le 15 août, lors de la fête nationale, après son approbation trois jours plus tôt à la majorité des deux tiers des membres de la famille disposant du droit de vote, rapporte El País, dans un article publié avec EFE.

En vigueur depuis 1606, la règle empêchait une femme d’accéder au trône. Elle cède la place à la primogéniture absolue : désormais, le premier enfant du souverain, quel que soit son sexe, pourra devenir héritier ou héritière. La modification accorde également aux descendantes de la maison princière les mêmes droits de participation que les hommes dans les affaires régies par la loi familiale.

L’ordre actuel de succession n’en est pas bouleversé. Joseph de Liechtenstein, fils aîné d’Alois, âgé de 31 ans, demeure premier héritier. Sa sœur María Carolina, 29 ans, occupe désormais la deuxième place. La portée de la réforme est donc principalement prospective : elle supprime pour les générations futures un critère successoral explicitement fondé sur le sexe.

L’histoire politique du pays donne un relief particulier à cette évolution. Le Liechtenstein avait été le dernier État européen à reconnaître aux femmes le droit de vote aux élections nationales, en 1984. Quarante-deux ans plus tard, la nouvelle règle ne transforme évidemment pas la nature dynastique du régime ; elle efface en revanche une différence de traitement inscrite dans les règles de succession depuis quatre siècles.

À Melbourne, la correction s’effectue non dans une assemblée ou une famille régnante, mais sur les rayonnages d’une bibliothèque. Depuis 2021, la State Library of Victoria développe un Women Writers Fund destiné à rééquilibrer ses collections de livres anciens et rares. The Guardian revient sur cette politique à l’occasion de l’exposition d’une première édition d’Emma, de Jane Austen, acquise par l’établissement en 2025.

Publié en 1816 en trois volumes et toujours conservé dans sa reliure de cuir d’époque, cet exemplaire avait appartenu à Edward Knatchbull-Hugessen, arrière-petit-neveu de Jane Austen. Le Women Writers Fund a réuni 100.000 dollars australiens pour permettre son acquisition. Particularité significative de cette première édition : le nom de l’écrivaine n’apparaît pas sur les volumes. Austen publiait anonymement de son vivant et son identité ne fut révélée qu’après sa mort, rappelle Anna Welch, conservatrice des collections historiques de la bibliothèque.

L’exemplaire rejoint World of the Book, exposition permanente qui présente également 126 autres ouvrages acquis grâce au fonds. Parmi eux figure une première édition d’Une chambre à soi, de Virginia Woolf, achetée environ 8.000 livres sterling cinq ans auparavant. Au total, le Women Writers Fund a recueilli 750.000 dollars australiens et permis l’entrée de 250 livres dans les collections de la State Library of Victoria.

Cette politique répond explicitement à un déséquilibre patrimonial. Les premiers responsables de la bibliothèque privilégiaient des auteurs anglais comme Chaucer ou Shakespeare, explique Anna Welch, tandis qu’une écrivaine aujourd’hui aussi recherchée que Jane Austen ne figurait pas dans leurs priorités. Le fonds s’intéresse donc aussi bien aux grandes signatures désormais consacrées qu’aux autrices moins connues laissées à l’écart de l’histoire des collections. Parmi les acquisitions recherchées figurent désormais des premières éditions des romans des sœurs Brontë.

La bibliothèque ne prétend pas réécrire rétrospectivement son fonds : elle documente plutôt ses lacunes et utilise sa politique d’acquisition pour les réduire. Le geste prend une dimension particulière avec Emma. Ce qui entre aujourd’hui dans le patrimoine public n’est pas seulement un roman devenu canonique, mais l’une de ses premières matérialisations, publiée sans que le nom de son autrice puisse encore apparaître sur la couverture.

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