De l’aciérie au laboratoire, cinq progrès très concrets pour les femmes
Des aciéries de Saxe aux scènes musicales nordiques, des politiques contraceptives aux laboratoires et aux opérations judiciaires brésiliennes, cinq initiatives répondent à des formes différentes d’invisibilisation. Elles agissent sur l’accès aux métiers, la représentation culturelle, la santé reproductive, les priorités scientifiques et la protection contre les violences. Autant de domaines où une présence reconnue doit encore devenir un droit effectif.
À Riesa, en Saxe, l’égalité professionnelle commence au volant d’un engin de plusieurs tonnes. L’aciérie Feralpi Stahl cherche à attirer davantage de salariées vers des métiers industriels redevenus presque exclusivement masculins. Un reportage de Tagesschau, réalisé par Djamila Böl pour MDR Sachsen, suit Sina Lailach. Âgée de 23 ans, elle travaille depuis neuf mois dans l’entreprise et transporte au moyen d’un chariot élévateur des bobines d’acier pesant jusqu’à huit tonnes.
Feralpi emploie déjà 850 personnes selon un fonctionnement en équipes et poursuit son développement. Pour élargir son vivier de recrutement, la société a lancé le projet Magnolia, élaboré après un examen des conditions de travail. L’organisation des rotations, les possibilités de temps partiel et les contraintes de garde d’enfants ont notamment été étudiées. L’agence pour l’emploi a également été associée à la démarche.
Le programme ne consiste donc pas seulement à déclarer les candidatures féminines bienvenues. Il interroge les dispositifs susceptibles de les décourager avant même l’embauche. Cette réflexion renoue aussi avec une histoire industrielle locale : à l’époque de la République démocratique allemande, rappelle le responsable des ressources humaines Kai Holzmüller, de nombreuses femmes travaillaient dans les aciéries, particulièrement à la conduite des grues. Magnolia cherche moins à inventer leur présence qu’à restaurer des possibilités progressivement refermées.
À Berlin, la question de la représentation emprunte le chemin de la création et de sa mémoire. Présentée dans les ambassades nordiques, l’exposition gratuite The Sound of Courage met en lumière des musiciennes de plusieurs pays ainsi que des programmes destinés à réduire leur sous-représentation dans l’industrie musicale. Tagesschau reprend ici un sujet de rbb24 consacré à cette manifestation.
Photographies, vidéos, documentaires et entretiens composent un ensemble qui conserve la trace de parcours artistiques encore peu connus en Allemagne. L’exposition ne se limite toutefois pas à rendre des œuvres visibles. Elle présente aussi les structures qui permettent aux artistes d’accéder aux scènes, d’acquérir de nouvelles compétences et de construire des réseaux professionnels.
Parmi elles figure Hun Solo, série de concerts entièrement féminins. Future Female Sounds, établie à Copenhague, forme et accompagne pour sa part des DJ de techno et de musique électronique, tout en intervenant dans leur représentation professionnelle. Le projet relie ainsi exposition, transmission et conditions matérielles de la création. Documenter les carrières évite leur effacement ; soutenir celles qui commencent permet à cette mémoire de continuer à s’écrire.
En Italie, l’accès se joue cette fois dans le champ de la santé publique. La province autonome de Bolzano a approuvé un projet pilote de contraception gratuite, rapporte ANSA. Prévue à partir du 1er septembre 2026 pour une durée initiale d’un an, la mesure applique une loi provinciale adoptée en 2025.
Elle s’adresse aux personnes de 14 à 25 ans résidant dans le Haut-Adige, quel que soit leur genre. Certaines personnes considérées comme particulièrement vulnérables pourront aussi en bénéficier sans condition d’âge, notamment des femmes victimes de violences ou suivies dans le cadre de projets sociosanitaires spécifiques.
Après une consultation personnalisée obligatoire et, selon le moyen choisi, une évaluation gynécologique, les bénéficiaires pourront obtenir gratuitement une pilule contraceptive, un anneau vaginal, un patch transdermique, un implant sous-cutané ou un dispositif intra-utérin. Les préservatifs seront distribués directement par les centres de consultation familiale partenaires. Le programme prévoit également des actions d’information et d’éducation destinées à favoriser un usage approprié des contraceptifs, à prévenir les infections sexuellement transmissibles et à réduire les grossesses non désirées.
La première phase associera des centres privés conventionnés ainsi que des consultations destinées aux adolescentes et aux jeunes femmes dans les services de gynécologie des hôpitaux de Bressanone, Vipiteno et San Candido. Une extension aux structures publiques du service sanitaire du Haut-Adige est ensuite envisagée. La province prévoit un investissement annuel d’environ 500.000 €. Au terme de l’expérimentation, les résultats détermineront si le dispositif doit être prolongé ou intégré durablement au catalogue provincial des prestations.
L’autonomie reproductive dépend aussi des connaissances produites par la médecine. Un autre article d’ANSA présente les travaux de Zohreh Izadifar, chercheuse au Wyss Institute de l’université Harvard et lauréate de la catégorie scientifique du Lush Prize 2026.
Son équipe a développé une nouvelle génération d’organes sur puce reproduisant des cellules humaines du vagin et du col de l’utérus. À peine plus grands qu’une clé USB, ces dispositifs utilisent des capteurs électriques pour suivre en temps réel leurs réactions aux hormones, aux bactéries bénéfiques et aux infections. Ils doivent contribuer à une meilleure compréhension de la santé reproductive et au développement de traitements, tout en offrant une solution susceptible de remplacer certains essais sur les animaux.
Le projet a reçu 50.000 livres sterling. Il compte parmi douze travaux issus de onze pays distingués en 2026 par ce prix consacré aux méthodes alternatives à l’expérimentation animale. L’innovation répond ainsi à deux lacunes relevées par l’article : la nécessité de modèles non animaux fiables et le financement insuffisant de plusieurs secteurs de la santé féminine.
Au Brésil, le dernier volet relève moins d’un accès nouveau que de la capacité des institutions à faire appliquer la loi. Les deux phases de l’opération nationale Mulher Segura ont conduit à l’arrestation de 21.756 personnes pour des infractions liées aux violences faites aux femmes, selon les données du ministère de la Justice et de la Sécurité publique rapportées par Folha de S.Paulo.
Parmi ces interpellations, 17.266 ont eu lieu en flagrant délit et 4.490 en exécution de décisions judiciaires. Les opérations, organisées du 19 février au 5 mars puis du 1er juin au 27 juillet, ont couvert 4.379 municipalités dans l’ensemble des États du pays. Elles concernaient notamment des menaces, des agressions physiques, des viols, des violations de mesures de protection, des actes de harcèlement ainsi que des féminicides ou tentatives de féminicide.
Ce bilan doit toutefois être lu avec précaution. Au 29 juillet, 9.032 mandats d’arrêt liés à ces violences restaient à exécuter. Le ministère fait parallèlement état d’un recul de 2,5 % des féminicides au premier semestre : 741 victimes ont été recensées, contre 760 pendant la même période de 2025. Cette baisse demeure inégale, puisque neuf États ont enregistré une progression.