Féminismes : transmettre, écrire, emprunter la mémoire
Trois articles francophones relient création, essai et lecture publique autour d’un même enjeu : la transmission de paroles féministes. Medfeminiswiya suit Habiba Djahnine et le documentaire comme mémoire algérienne ; Les Glorieuses interrogent Eva Illouz sur la vulnérabilité politique ; la Ville de Montréal présente une trousse féministe empruntable en bibliothèque. Des films aux rayons, la parole circule et s’organise dans des lieux concrets.
Le portrait publié le 20 avril 2026 par Medfeminiswiya place Habiba Djahnine au croisement du documentaire, de la mémoire et de l’engagement féministe. La réalisatrice, écrivaine et poétesse algérienne, née en 1968, y raconte une trajectoire construite dans l’ouverture de lieux. À Béjaïa, au début des années 1980, les salles de cinéma restent décrites comme des espaces masculins. Le premier ciné-club féminin prend forme dans une maison de jeunes, avant d’autres expériences à Tizi Ouzou, avec l’association Thighri n’tmettouth.
L’article d’Amel Blidi insiste sur cette dimension pratique : former des animatrices, faire venir des femmes des villages, organiser des projections, discuter les films. Le cinéma dépasse ici le seul objet artistique et sert de méthode de présence publique. En 1994, Habiba Djahnine lance avec d’autres organisatrices le festival Images et imaginaires de femmes dans le cinéma algérien. L’année suivante, sa sœur Nabila Djahnine, militante féministe et présidente de Thighri n’tmettouth, est assassinée. Après l’exil en France et une formation à l’Université Paris 3, la cinéaste réalise en 2006 Lettre à ma sœur, adressé à Nabila. Elle le définit ainsi : « C’est un film politique ».
Le même fil traverse Béjaïa doc, créé après son départ des Rencontres cinématographiques de Béjaïa en 2007, avec l’association Cinéma et mémoire et Kaïna Cinéma. L’atelier documentaire gratuit forme sur le terrain, et l’article recense une trentaine de documentaires nés de cette expérience. Medfeminiswiya décrit une transmission entre archives vécues, formation collective et création d’un regard.
La revue de presse se déplace ensuite vers l’essai. Dans un entretien publié le 16 février 2026, Les Glorieuses publient une conversation de Rebecca Amsellem avec Eva Illouz, sociologue et directrice d’études à l’EHESS, autour de La Civilisation des émotions, conversation avec Elena Scappaticci parue au Seuil. Le média précise que l’échange provient d’un événement en direct organisé le 28 janvier.
La discussion aborde la vulnérabilité comme fait politique. Eva Illouz la rattache aux démocraties d’après-guerre, surtout à partir des années 1960, lorsque groupes et individus exposent souffrance, invisibilisation ou maltraitance comme matière de lutte. Elle relie cette évolution au féminisme des années 1960-1970, qui transforme subjectivité et expérience en enjeu politique.
L’entretien traite aussi de la réception sociale des femmes qui cherchent le pouvoir. À propos de l’élection américaine de 2016 et de la haine visant Hillary Clinton, Eva Illouz juge le mot misogynie insuffisant et propose celui de gynophobie. Une formule résume l’enjeu : « La gynophobie se manifeste particulièrement lorsque les femmes veulent du pouvoir. » Les Glorieuses relient ainsi un livre d’idées à une interrogation sur l’audibilité des femmes, le doute et la surveillance sociale.
La troisième source inscrit cette transmission dans une bibliothèque de quartier. Le 5 mars 2026, la Ville de Montréal annonce, sous la signature de Joanie Lacas, une trousse thématique féministe lancée par la bibliothèque de Rivière-des-Prairies, dans l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles. Élaborée avec le Centre des femmes de Rivière-des-Prairies, elle prend la forme d’un sac à dos empruntable trois semaines.
La trousse rassemble 11 documents : livres, zines, bande dessinée, revue et dépliant. La page municipale cite notamment Quartier en lutte, King Kong théorie, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Manuel de résistance féministe, Existantes et Futur.es : comment le féminisme peut sauver le monde. S’y ajoutent des zines sur le consentement et le féminisme illustré, une bande dessinée, une revue et un dépliant du Centre des femmes de RDP.