Femmes : quatre avancées concrètes du droit à la culture

Publié le 10/09/2026 · Par Team Les Braqueuses

Du Brésil à l’Espagne, quatre initiatives déplacent des frontières très différentes : protection contre les violences de genre, droit au repos, maternité des sportives et représentation des artistes. Une décision de justice élargit l’accès aux mesures protectrices, un fonds finance des vacances pour des femmes noires, le football soutient la fertilité et un grand musée place les créatrices au cœur de sa saison.

Patri Guijarro à l’entraînement - Patricia Guijarro — Steffen Prößdorf / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Au Brésil, la loi Maria da Penha voit son champ d’application élargi. Le Supremo Tribunal Federal a décidé à l’unanimité, le 19 août, que les mesures prévues par le texte pouvaient s’appliquer aux violences contre les femmes fondées sur le genre, même en l’absence de lien domestique, familial ou affectif avec l’agresseur. La Folha de S.Paulo présente cette évolution comme une avancée, tout en relevant les difficultés qu’elle pose à une justice et à des réseaux d’accueil encore largement organisés autour des violences conjugales.

La distinction est importante : toute infraction commise contre une femme ne devient pas automatiquement une violence de genre. Les spécialistes interrogées par le quotidien rappellent qu’il faut examiner le contexte et la motivation afin d’identifier un éventuel mépris, une volonté de subordination ou une discrimination liée au fait que la victime est une femme. L’existence d’une relation intime avec l’agresseur cesse en revanche d’être une condition préalable à la protection.

Cette nouvelle interprétation peut concerner des situations jusqu’ici plus difficiles à faire entrer dans le dispositif, notamment certaines violences politiques ou numériques et des formes de harcèlement ou de persécution. Elle met aussi en évidence les limites matérielles du système. Centres de référence, maisons d’accueil et services spécialisés restent principalement conçus pour les violences domestiques. Le jugement lève ainsi un obstacle juridique sans résoudre à lui seul la question des moyens humains, des protocoles ou de la formation.

Un autre article de la Folha de S.Paulo déplace le regard vers une ressource distribuée de manière beaucoup moins visible : le temps. Le Fundo Agbara, fonds philanthropique de femmes noires au Brésil, organise « Descansa, Nêga », un appel à candidatures qui finance des vacances. Nadjane Cristina dos Santos, assistante sociale de 33 ans, a été retenue lors de la première édition et a pu partir à Rio de Janeiro avec une autre femme noire.

L’initiative s’appuie sur un constat très concret. Une étude de l’Organisation internationale du travail publiée en novembre 2025 et citée par la Folha estime que les femmes noires consacrent en moyenne 22,4 heures par semaine aux activités de soin, contre 20,7 heures pour les femmes blanches et environ 12 heures pour les hommes noirs ou blancs. Cette surcharge s’accompagne, selon l’OIT, d’une participation moindre au marché du travail et d’une plus forte présence dans l’emploi informel.

Le Fundo Agbara a donc choisi de financer non une activité productive, mais sa suspension temporaire. Pour la deuxième édition, les inscriptions se sont achevées le 31 août avec 3.200 candidates pour cinq places, soit la plus forte demande enregistrée pour un appel du fonds. Début septembre, le soutien du Fundo Casa a finalement permis de porter à dix le nombre de voyages financés. Le programme rattache cette possibilité de souffler à une conception plus large du « bien vivre », associant notamment sécurité, logement, alimentation, autonomie corporelle, soin, repos et temps disponible.

De ce temps retrouvé à celui, plus contraint, d’une carrière sportive, le passage n’est pas si lointain. En Espagne, la Fédération royale espagnole de football a conclu avec la clinique Tambre un accord permettant aux joueuses et arbitres professionnelles d’accéder à des traitements de fertilité, notamment la fécondation in vitro et la congélation d’ovocytes. Reuters précise que le dispositif doit rester en vigueur jusqu’en 2029.

Pour les internationales convoquées au moins deux fois avec la sélection espagnole, la RFEF prendra intégralement en charge la congélation des ovocytes et prévoit différents avantages liés aux autres traitements. Olga Carmona et Patri Guijarro ont accueilli favorablement cette possibilité, qu’elles associent à une meilleure conciliation entre carrière sportive et vie personnelle. La fédération assure que le dispositif complète les mesures déjà prévues pour permettre aux joueuses devenues mères de garder leurs enfants à proximité lors des déplacements, stages et compétitions.

L’annonce ne fait pourtant pas consensus. La triple sauteuse Ana Peleteiro l’a qualifiée de profondément sexiste, tandis que le syndicat CCOO estime que l’accompagnement de la fertilité ne doit pas détourner l’attention de la protection professionnelle pendant la grossesse et la compétition. Reuters restitue ainsi un débat moins simple qu’une mesure présentée comme une avancée : élargir les possibilités offertes aux sportives n’épuise pas la question des conditions permettant d’être mère tout en poursuivant une carrière au plus haut niveau.

À Madrid, la représentation des femmes passe cette fois par les choix d’une institution culturelle. Le Museo Reina Sofía a dévoilé sa saison 2026-2027, dans laquelle les artistes femmes seront les protagonistes de huit des neuf expositions annoncées. elDiario.es relève également deux fils conducteurs : la place du corps dans les pratiques artistiques et la recherche d’une participation active du public.

La programmation réunit des trajectoires très différentes. La Ribot bénéficiera d’une rétrospective mêlant sculpture, architecture, photographie, dessins et objets, accompagnée d’une métaperformance de neuf heures. Eli Cortiñas ouvrira la saison avec un travail consacré à la construction occidentale de l’exotisme, particulièrement africain, dans les classiques de l’âge d’or hollywoodien. Marta Minujín retrouvera La Menesunda, installation devenue une référence des pratiques immersives, tandis qu’Anne Truitt, Fernanda Laguna, Monir Shahroudy Farmanfarmaian, Marlene Dumas et Pacita Abad disposeront également d’expositions.

Les sujets traversés vont de l’identité et de la diaspora au désir, au deuil, à la violence ou à la répression des libertés. Mais la saison déborde aussi le seul enjeu de représentation. Le musée annonce un projet consacré aux rapports entre Federico García Lorca et le flamenco ainsi qu’une exposition liée à l’Archivo Lafuente, autour des expérimentations menées dans le champ élargi de l’écriture par différents mouvements artistiques de la première moitié du XXe siècle. Livres, archives, arts visuels et mémoire culturelle se retrouvent ainsi dans la même programmation.

Ces quatre articles ne décrivent ni des situations équivalentes ni des progrès de même nature. Ils montrent plutôt comment des besoins longtemps relégués trouvent une traduction institutionnelle : protection juridique élargie, temps rendu disponible, choix reproductifs accompagnés ou visibilité accrue dans un musée national. Et chacun rappelle, à sa manière, qu’entre l’annonce et ses effets demeure une question très concrète : celle des moyens, des conditions de travail et des pratiques capables d’inscrire ces évolutions dans la durée.

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