Virginia Woolf, consentement, Haïti : quelles égalités ?
Trois articles francophones replacent l’égalité dans ses conditions d’existence : argent, soins, sécurité. Les Glorieuses relisent Virginia Woolf par l’autonomie économique ; Gazette des femmes documente le consentement médical au Québec ; Basta! analyse la terreur de genre en Haïti et replace les organisations de femmes au cœur d’une résistance sociale toujours active, loin des seuls bilans.
La sélection compose une même cartographie des rapports de pouvoir. Dans Les Glorieuses, Rebecca Amsellem publie, le 13 mai 2026, la retranscription éditée de la rencontre inaugurale du festival Femmes et argent, un pouvoir à soi. La soirée, tenue en mars à la Bibliothèque publique d’information, associe Naomi Toth, spécialiste de Virginia Woolf.
L’article part d’une thèse simple : l’émancipation intellectuelle dépend d’abord de conditions matérielles. Les Glorieuses rappellent un rapport de la Banque mondiale publié le 26 février, selon lequel 4 % des femmes vivent dans des pays garantissant une égalité économique réelle. La discussion revient à Un lieu à soi.
Woolf y déplace la question de l’égalité légale vers celle des ressources. La rente fictive de 500 livres par an équivaut, selon Naomi Toth, à environ 47 000 € annuels aujourd’hui ; l’écrivaine disposait d’environ 400 livres de rentes familiales. Le texte relie argent, temps d’écriture, édition et transmission. Woolf y apparaît aussi comme autrice-éditrice : avec Leonard Woolf, elle achète en 1917 une presse à imprimer, origine des Hogarth Press.
La question du corps entre ensuite dans la revue par Gazette des femmes. Le 7 mai 2026, Charline Caro consacre un article aux violences obstétricales et gynécologiques au Québec. L’enquête s’appuie sur les travaux de Sylvie Lévesque, professeure au Département de sexologie de l’UQAM, qui analyse des expériences récentes de soins. Son équipe a recueilli et analysé près de 1 200 réponses.
Les données citées dessinent une ligne nette. Près de 30 % des répondantes n’ont pas reçu de demande explicite de consentement avant un examen vaginal ; 40 % n’ont pas été consultées sur la présence d’observateurs ; 10 % déclarent avoir été contraintes d’accepter un traitement ou une procédure.
L’article rappelle qu’au Québec le consentement libre et éclairé relève du Code civil et du Code de déontologie des médecins. Il associe ces pratiques à des gestes non consentis, un manque d’information, des douleurs ignorées et des commentaires dénigrants. Sylvie Lévesque relie ces violences à des biais sexistes, racistes ou lgbtphobes, puis évoque une charte destinée à enrayer ces pratiques.
Avec Basta!, le cadre devient politique et international. Le 30 avril 2026, Frédéric Thomas analyse la situation haïtienne sur fond d’emprise des gangs armés. En 2025, plus de 8 000 cas de violences basées sur le genre ont été recensés en Haïti, soit une hausse de 25 % sur un an. Les femmes et les filles représentent plus de 90 % des victimes ; près des deux tiers des auteurs présumés appartiennent à des bandes armées. Seules 30 % des survivantes reçoivent de l’aide dans les trois jours suivant l’agression.
Basta! cite aussi une enquête de Mercy Corps menée auprès de plus d’une centaine de personnes vivant dans des camps de déplacés à Port-au-Prince : près de 96 % des répondantes ne se sentent pas en sécurité et plus de 30 % déclarent y avoir déjà subi des violences.
L’article replace ces chiffres dans une histoire de subordination, puis dans une stratégie de terreur. Il rappelle le massacre de La Saline, les 13 et 14 novembre 2018 : onze viols et 71 personnes tuées. Le texte refuse toutefois de réduire les Haïtiennes au statut de victimes. Nègès Mawon, SOFA, Kay Fanm et Fanm Deside incarnent une résistance féministe inscrite dans le mouvement social.