De Kaboul à São Paulo, la parole des femmes reste un combat

Publié le 21/05/2026 · Par Team Les Braqueuses

La presse internationale dessine une même ligne de tension : arrestations de journalistes en Afghanistan, histoire économique relue par les femmes, mémoire du Manifeste des 343 et scène queer autour d’Eileen Myles à São Paulo. Médias, livres, archives et poésie y deviennent des lieux de parole disputée.

Crédits photo : AiLabLab

La fermeture de l’espace médiatique afghan donne à cette revue de presse son point d’entrée le plus sombre. Reuters rapporte que le gouvernement taliban a détenu au moins trois journalistes sur des accusations non précisées, selon la mission des Nations unies en Afghanistan. La dépêche, signée Mohammad Yunus Yawar et publiée le 14 mai, identifie Ahmad Jawed Niazi, responsable de l’agence Paigard News à Kaboul, ainsi que deux membres de TOLOnews, Imran Danish et Mansoor Niazi. La source première est l’UNAMA, qui appelle les autorités de facto à respecter le droit international des droits humains et à garantir aux journalistes un travail sans intimidation, harcèlement ni représailles.

Reuters replace ces arrestations dans un paysage dévasté depuis août 2021. D’après Reporters sans frontières, cité par l’agence, plus de 40 % des médias afghans ont fermé dans les trois mois suivant le retour des talibans au pouvoir. Les femmes restent exclues de la plupart des postes journalistiques.

Le ministère taliban de l’Information et de la Culture confirme la détention des deux collaborateurs de TOLOnews et indique que leurs dossiers restent sous enquête, sans préciser les charges. Le cas d’Ahmad Jawed Niazi, arrêté dans son bureau par les renseignements talibans selon l’Afghanistan Media Support Organization, illustre le rétrécissement d’un espace public où informer expose directement les rédactions.

 Le deuxième article déplace le regard vers les livres et l’écriture de l’histoire. Dans La Vanguardia, Ana Echeverría Arístegui interroge l’historienne économique Victoria Bateman à l’occasion de la publication espagnole d’Económica, chez Ático de los Libros. Professeure à l’université de Cambridge et collaboratrice de la BBC, Bateman revendique une histoire économique mondiale racontée depuis la perspective des femmes. Elle s’inscrit dans le prolongement de The Sex Factor : How Women Made the West Rich, paru chez Polity Press, où elle explorait déjà la contribution féminine à la richesse occidentale.

L’entretien frappe par son refus d’un récit de pénurie. Bateman explique qu’elle craignait d’abord de manquer d’exemples, avant d’estimer, à la fin de sa recherche, qu’elle aurait rempli vingt livres avec des histoires de femmes. Son propos relie participation économique féminine, prospérité et organisation sociale. Il cite l’Égypte ancienne, Rome et la Grande-Bretagne industrielle, puis associe les reculs de droits à des déclins économiques.

L’article retient aussi ses comparaisons polémiques : Athènes rapprochée de l’Afghanistan actuel en raison de l’exclusion des femmes, Auguste décrit comme un dirigeant populiste mobilisant natalité, retour au foyer et rhétorique anti-immigration. Le livre apparaît ainsi comme un outil de correction historique, mais aussi comme une intervention dans les débats contemporains sur les « tradwives » et la manosphère.

La mémoire militante occupe Il Post, avec un retour sur le Manifeste des 343. Le quotidien italien présente cette déclaration collective comme l’une des premières et des plus célèbres prises de parole publiques autour de l’avortement clandestin. Il en rappelle l’écriture par Simone de Beauvoir et renvoie à un geste politique fondé sur la publication, la signature et l’exposition de soi.

La source originelle demeure le numéro 334 du Nouvel Observateur, daté du 5 avril 1971, où 343 femmes affirmèrent avoir avorté et réclamèrent le libre accès à la contraception ainsi que l’avortement libre. Dans cette circulation italienne d’une archive française, l’écrit militant conserve sa force : une mémoire féministe se transmet aussi par la reprise internationale de ses textes fondateurs.

Au Brésil, Folha de S.Paulo suit une scène plus littéraire. Paola Ferreira Rosa raconte la présence d’Eileen Myles au festival Poesia no Centro, organisé par la librairie Megafauna à São Paulo. La table, prévue le 15 mai en ouverture, a été reportée après un retard de vol depuis les États-Unis. Le 17 mai, le public remplit pourtant l’auditorium principal du Teatro Cultura Artística.

La rencontre, animée par la journaliste Fernanda Mena et la poète Angélica Freitas, associe lectures, identité, genre, politique et liberté. Figure de la littérature queer, Myles y apparaît comme une voix scénique, directe, difficile à assigner. De Kaboul à São Paulo, ces quatre articles composent une géographie de la parole publique : empêchée, effacée, archivée ou réactivée par la poésie.

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