Quand l’écologie et la santé révèlent le travail des femmes

Publié le 30/06/2026 · Par Team Les Braqueuses

Écologie domestique, assiette, réseaux sociaux et santé gynécologique : cinq articles mettent au jour les normes qui distribuent les efforts, façonnent les imaginaires et encadrent le consentement. Des rapports de genre, du travail ménager aux livres, des contenus virilistes aux pratiques de soin : ce rapprochement dessine une cartographie du travail invisible et des récits qui le légitiment.

Crédits photo iStock

Le 26 juin, Les Nouvelles News déplacent le regard porté sur la canicule vers l’organisation concrète du quotidien. Isabelle Germain s’appuie sur une étude de la Fondation Jean-Jaurès menée avec L’ObSoCo et Citeo, publiée la veille. Ses autrices, Diane Blanchard, Marie Gariazzo et Rozenn Nardin, décrivent les écogestes comme des activités qui s’ajoutent aux tâches déjà assumées dans le foyer : choix des produits, cuisine, tri, compostage, achats en vrac ou fabrication de produits ménagers. L’écologie apparaît moins comme une somme de décisions abstraites que comme une suite de gestes à prévoir et à accomplir.

Les chiffres cités donnent une mesure de ce déséquilibre : 72 % des femmes disent s’occuper principalement des courses alimentaires, contre 42 % des hommes. Amandine Clavaud, directrice de l’Observatoire égalité femmes-hommes de la Fondation Jean-Jaurès, résume l’enjeu : « La question environnementale, c’est une charge supplémentaire dans la besace de la charge mentale ». L’article pose ainsi la question du partage domestique lorsque le réemploi impose de conserver, laver puis rapporter des contenants. Ces opérations impliquent du temps et de l’organisation.

Dans ELLE, l’écoféminisme fournit un autre cadre de lecture. Le magazine rattache le terme à Françoise d’Eaubonne et revient sur les rapprochements entre luttes pour les femmes et protection de l’environnement. Ce détour par l’histoire des idées évite de réduire l’enjeu climatique à la seule responsabilité des ménages. Il complète l’enquête des Nouvelles News en situant les pratiques quotidiennes dans un horizon plus large que celui des seuls comportements individuels.

Le livre constitue un autre lieu de discussion de ces rapports de pouvoir. Le 6 juin, Les Mots sont importants publient une recension de Pourquoi Trump ne mange pas de tofu. Le patriarcat jusque dans l’assiette, de Suzanne Zaccour, paru chez Michel Lafon. Yeun l-y rappelle que l’autrice, avocate et formatrice québécoise, est aussi l’autrice du Dictionnaire critique du sexisme linguistique et de La fabrique du viol. La recension suit sa mise en relation du féminisme et de l’antispécisme, de la consommation de viande et de certains imaginaires de virilité.

L’argumentation se place dans le sillage de La Politique sexuelle de la viande, de Carol J. Adams. Le texte cite cette formule de Suzanne Zaccour : « Dans une culture qui associe la viande à la virilité, les objectifications sexiste et spéciste convergent. » Il relève également sa réflexion sur les usages du consentement lorsqu’il est invoqué pour justifier l’exploitation animale. Sans assimiler les situations, l’essai cherche à comprendre comment des systèmes de domination se renforcent par des normes, des images et des représentations qui paraissent ordinaires.

C’est précisément la circulation de tels récits que TV5MONDE/Terriennes examine dans son article du 10 juin consacré aux injonctions masculines. Le média s’appuie sur une enquête menée pour Sidaction : 66 % des 16-34 ans connaissent au moins un influenceur masculiniste. Parmi eux, 37 % consultent ces contenus et 19 % le font régulièrement. L’article ne s’arrête pas à l’exposition ; il interroge les voies éducatives susceptibles d’aider les garçons à se construire autrement face à des modèles qui associent encore la masculinité à la force, à la performance et à la domination.

La synthèse de l’enquête citée par le média indique que 32 % des hommes connaissant ces comptes ont déjà tenté d’appliquer certains de leurs conseils pour « devenir un homme meilleur ». Ce résultat place les réseaux sociaux parmi les lieux où s’élaborent des savoirs informels sur la séduction, les relations femmes-hommes ou la sexualité. Dans cette séquence, la question du consentement dépend aussi des récits et des repères auxquels les jeunes hommes sont exposés.

Enfin, Les Nouvelles News relaient, le 23 juin, la première enquête nationale menée par l’association Stop VOG sur le consentement en gynécologie. L’article présente ses résultats comme alarmants et annonce qu’ils éclairent le spectre des violences gynécologiques et obstétricales. Le texte accessible ne détaille toutefois ni l’échantillon ni les résultats chiffrés : la revue ne leur en prête donc pas.

Ces cinq publications ne traitent ni des mêmes pratiques ni des mêmes publics. Elles convergent pourtant sur un point : les normes de genre prennent forme dans la répartition du travail, l’imaginaire alimentaire, les contenus numériques et la relation de soin. Elles deviennent visibles lorsqu’une enquête, un essai ou une rédaction les rapporte à des situations déterminées — courses, déchets, messages en ligne, consultation médicale — plutôt qu’à des principes généraux.

#Fondation Jean-Jaurès #Françoise d’Eaubonne #Sidaction #Stop VOG #Suzanne Zaccour #charge écologique #masculinisme en ligne #écogestes