Article de revue de presse
Chapo
Des bidonvilles de Seine-Saint-Denis à la presqu’île de Crozon, de la scène d’Avignon à la Côte d’Ivoire, quatre articles décrivent des formes concrètes d’appui aux paroles de femmes. Basta!, TV5MONDE et Terriennes suivent des soignantes, artistes, militantes ou collectifs qui accompagnent, créent et organisent l’entraide, là où l’institution ou l’espace public restent souvent difficiles d’accès.
Le reportage de Laure Playoust et Tiphaine Guéret, publié le 10 juillet par Basta!, part d’un lieu de vie informel de Seine-Saint-Denis, installé derrière un ancien hôtel désaffecté. Une centaine de personnes, des familles roms venues de Roumanie, y ont trouvé refuge après l’expulsion d’un autre bidonville. C’est là qu’intervient l’équipe mobile-précarité de la protection maternelle et infantile du département.
Depuis 2020, cette équipe sillonne les lieux de vie informels du territoire. Elle réunit Valérie Pierre, sage-femme, Gwenaëlle Le Goff, infirmière puéricultrice, Daniela Mecles, médiatrice en santé roumanophone, et Pol Prevot-Monsacré, médecin. Leur travail consiste à suivre des grossesses, surveiller la santé des jeunes enfants, organiser les vaccinations lorsque les conditions sanitaires le permettent, rassurer les mères et orienter les familles vers le droit commun. Mais le reportage montre surtout combien cet accès reste incertain. Pour ces femmes, résume le médecin, « l’accès aux soins est extrêmement compliqué ».
L’article détaille les blocages administratifs qui prolongent l’errance médicale. Sans adresse officielle, les habitantes des bidonvilles peinent à obtenir une domiciliation. Basta! cite un rapport d’enquête publié en 2025 par plusieurs associations, dont Médecins du monde et le collectif Romeurope : en Île-de-France, près de la moitié des CCAS interrogés déclarent refuser de domicilier administrativement les personnes vivant en bidonville. Les familles se trouvent aussi prises entre plusieurs statuts : ressortissantes communautaires inactives, sans activité professionnelle, elles ne relèvent ni simplement de la Sécurité sociale française ni automatiquement de l’Aide médicale d’État.
Les soins sont encore fragilisés par les expulsions, les refus aux urgences et le manque de moyens. Le poste d’assistante sociale prévu à la création de la PMI mobile n’a jamais été pourvu, et le médecin ne participe aux tournées qu’une fois par semaine. En 2025, l’équipe a accompagné 226 femmes sur 16 sites et réalisé 1 234 entretiens de médiation. Daniela Mecles voit pourtant dans certains passages vers les PMI classiques un signe de réussite : « elles ont enfin accédé au droit commun ». La parole des soignantes, ici, ne relève pas du commentaire : elle décrit un service public qui tente d’atteindre celles que les guichets ordinaires atteignent mal.
À Avignon, le cadre change, mais la question reste celle de la visibilité. Dans un article publié le 6 juillet, TV5MONDE présente la nouvelle création de Rébecca Chaillon comme un conte politique. La metteuse en scène y travaille une utopie confrontée à la peur de la fin du monde et à la catastrophe climatique. Le média insiste sur une proposition qui défie les normes et bouscule le public, dans le contexte du Festival d’Avignon.
Cette séquence apporte à la revue un autre type de médiation : non plus le soin ou l’accès aux droits, mais la scène comme espace d’adresse. TV5MONDE ne décrit pas seulement une programmation culturelle. L’article situe Rébecca Chaillon dans un théâtre où les récits dominants sont déplacés par la fiction, les corps et l’expérience du plateau. La création devient ainsi un mode de prise de parole publique, avec ses codes propres : elle ne documente pas les situations comme un reportage, elle les met en tension devant un public.
Le portrait publié le 9 juillet dans Terriennes par TV5MONDE revient, lui, au terrain associatif. Eva Helena Amegboh y est présentée comme l’une des lauréates de l’initiative Marianne 2026 et comme une femme engagée auprès des victimes de violences basées sur le genre en Côte d’Ivoire. Le titre du texte, Réapprendre à vivre, donne son angle : regarder ce qui vient après les violences, lorsque les survivantes cherchent un accompagnement, une sécurité et des moyens de reconstruire une autonomie.
L’article de Terriennes rejoint les deux précédents par son attention aux dispositifs. Une équipe mobile en Seine-Saint-Denis, une scène à Avignon, un engagement auprès de survivantes en Côte d’Ivoire : les contextes diffèrent, mais chaque texte montre que la parole des femmes ne circule pas sans lieux, sans relais et sans personnes capables de l’accueillir. Ici, la reconnaissance accordée par l’initiative Marianne sert aussi à rendre visible un travail d’accompagnement mené loin des scènes médiatiques les plus fréquentées.
La quatrième enquête, signée Rozenn Le Carboulec le 12 juin dans Basta!, ramène cette question à l’échelle d’un territoire rural. Sur la presqu’île de Crozon, dans le Finistère, le collectif Skoazell — « soutien » en breton — vient en aide à des femmes victimes de violences sexuelles. Créé en 2024, il naît notamment autour d’Argol, commune de 1 000 habitantes et habitants où plusieurs femmes ont dénoncé ces dernières années des violences sexuelles qui auraient été commises par l’ancien maire Henri Le Pape, divers droite. Basta! renvoie à Mediapart pour la documentation de ces dénonciations.
Deux femmes ont porté plainte. L’une des plaintes, déposée il y a plus de quinze ans, a donné lieu à une ordonnance de non-lieu en 2009 ; la seconde est réexaminée par la justice après un premier classement sans suite en 2024. Le média précise qu’Henri Le Pape, contacté directement et par son avocat, n’a pas répondu. Ces précautions sont essentielles : le reportage suit des paroles, des procédures et leurs effets locaux, sans transformer les accusations rapportées en condamnation.
Skoazell se présente d’abord comme un appui moral et logistique. Le collectif accompagne des femmes au tribunal, collecte des fonds pour des frais judiciaires, aide aux déplacements, aux démarches administratives, à la recherche d’un soutien juridique ou financier. Il travaille en lien avec l’association Veille en presqu’île, mobilisée depuis 2023 contre les violences intrafamiliales. Le réseau compte désormais une quarantaine de personnes. Le 6 juin, à Lanvéoc, le Skoazell Fest s’est tenu pour la deuxième année consécutive afin de financer les frais judiciaires de victimes déclarées.
Le reportage montre surtout comment une parole isolée peut devenir un appui collectif. Une femme accompagnée par Skoazell le formule ainsi : « Je ne me sens plus isolée, j’ai maintenant le sentiment d’être insérée dans une communauté ». À Argol, le contexte politique local a aussi changé : en mars, la liste Le Renouveau - A nevez, conduite par Jean-Michel Lezenven, a remporté la mairie jusqu’alors acquise à Henri Le Pape depuis 2008. Sa première adjointe aux finances, Sonia Zamai, membre de Skoazell, dit vouloir former élus et agents municipaux aux droits des femmes et aux violences sexistes et sexuelles.