Travail, corps, mémoire : trois récits de femmes à lire
Dans Medfeminiswiya et Axelle Mag, trois articles récents suivent des femmes qui transforment des expériences intimes, familiales ou économiques en ressources publiques. Travail domestique en Syrie, photographie autour du cancer du sein, livre de mémoire sur une résistante belge : cette revue relie économie de survie, représentation des corps, transmission historique et parole des femmes dans des cadres sociaux encore peu visibles médiatiquement.
Dans un article signé Luna Al-Rashed le 5 juin 2026, Medfeminiswiya décrit l’économie domestique développée par des Syriennes face à la crise. Le texte part d’Oum Alaa, installée dans la région d’Al-Barda, au sud de Damas. Après le non-renouvellement de son contrat dans une entreprise de tabac, elle lance une activité de pâtisserie, puis fabrique des produits laitiers et du fromage, plus demandés dans les quartiers populaires.
L’article situe ces initiatives dans une économie nationale très dégradée. Il mentionne près de 90 % de Syriennes et Syriens sous le seuil de pauvreté, une livre syrienne passée de 50 pour un dollar en 2011 à environ 14.000, des salaires publics compris entre 80 et 100 dollars par mois et 12,9 millions de personnes en insécurité alimentaire.
Les sources citées incluent l’indice du coût de la vie de Qasioun, le PNUD et le Réseau syrien pour les droits de l’homme. Mais l’enjeu central tient au statut de ces activités : cuisine, crochet ou très petits projets apportent un revenu sans reconnaissance officielle, sans protection légale et avec une exposition aux fraudes en ligne.
Le reportage oppose autonomie et assignation. Hanadi Al Homsi, à Sahnaya, développe son entreprise de crochet, Makrameti, à partir de matières premières disponibles chez elle et de compétences renforcées en ligne. Nataline, à l’ouest de Homs, stabilise son restaurant grâce à l’aide financière d’une amie de sa fille expatriée en Allemagne. Ces parcours montrent un accès aux revenus, mais aussi le maintien du foyer comme lieu principal du travail féminin, avec des charges familiales non rémunérées.
La parole change de registre dans le portfolio publié le 2 juin 2026 par Medfeminiswiya. Adèle Berthelin y présente Reflets intérieurs, travail photographique consacré au cancer du sein. Le texte indique que cette maladie représente près de 33 % des cancers féminins, donnée attribuée à cancer.fr, et la désigne comme le cancer le plus fréquent chez les femmes en France. La photographe inscrit le projet dans son travail de fin d’études : contacter des associations, réaliser des portraits de femmes touchées par la maladie et recueillir leurs histoires.
Le portfolio associe image, espace privé et écriture manuscrite. Les portraits, réalisés à Paris et dans ses environs, traversent différents milieux sociaux. Ils relient le corps, le lieu de vie et des lettres rédigées par les femmes photographiées. Tania, Wilnette, Farah et Carole apparaissent comme des figures singulières d’un rapport au corps transformé par les traitements, les douleurs, les rechutes, la reconstruction ou la mastectomie. La photographie constitue ici une archive sensible : elle rend lisibles des expériences que le seul registre médical ne résume pas.
Dans Axelle Mag, Camille Wernaers consacre un article, publié le 6 mai 2026, à Lucienne Raepsaet, résistante belge dont la trajectoire ressort à travers le livre de sa fille Marianne Lefebvre-Raepsaet, À fleur de mémoires, paru aux Éditions du Cerisier en 2025. Le texte présente Lucienne, aussi appelée Lulu, comme une résistante belge déportée en 1943 au camp pour femmes de Ravensbrück. L’article s’inscrit dans une démarche mémorielle : replacer une vie de résistance dans l’espace public par le livre et par la transmission familiale.