De Buenos Aires à Londres, la mémoire féministe s’écrit
À Buenos Aires, Perugia et Londres, trois textes suivent un même fil : la visibilité des femmes dépend aussi des outils qui racontent leur histoire. Página/12 revient sur un supplément féministe né dans la presse généraliste, El País mesure le recul mondial du traitement des violences de genre, et The Guardian inscrit Valie Export dans une mémoire féministe de l’image et des luttes.
La revue internationale met d’abord en regard presse, édition et transmission. Página/12 revient sur une rencontre organisée à la Foire du livre de Buenos Aires autour de Las12, supplément féministe du quotidien argentin.
L’article, signé Flor Monfort, part d’une question consacrée au journalisme avec perspective de genre et la prolonge vers l’histoire de l’activisme, la place des femmes dans les rédactions et les étapes d’un parcours éditorial ouvert depuis vingt-huit ans. Le lieu n’est pas anodin : la discussion se tient dans un salon du livre, espace où la presse dialogue avec la mémoire culturelle.
El País apporte une mesure globale de l’effacement médiatique. Le quotidien espagnol cite The Global Misogyny News Coverage Tracker, étude publiée par AKAS et fondée sur l’analyse de 1,140 milliard d’articles en ligne entre 2017 et 2025. Ses auteurs concluent que la couverture des violences contre les femmes atteint en 2025 son niveau le plus bas en neuf ans.
Ces sujets représentent 1,3 % de l’information mondiale, contre 2,2 % en 2018, au moment du pic de #MeToo. L’article insiste aussi sur le poids des choix éditoriaux : les survivantes restent peu présentes, tandis que les experts masculins dominent encore les prises de parole.
The Guardian adopte une entrée mémorielle avec l’hommage d’Hettie Judah à Valie Export, artiste autrichienne morte à 85 ans. Le texte rappelle que, dès les années 1960, son travail a placé art, médias et corps féminin au centre d’une critique des structures patriarcales. Il souligne l’importance de documenter celles qui ont précédé.
De la salle de rédaction au musée, ces trois sources posent la même exigence : rendre visible, nommer, archiver. Leur convergence désigne un angle journalistique net : l’information sur les femmes ne relève pas d’une rubrique séparée, mais d’un enjeu démocratique durable.