Du football à l’IA, des soins aux semences : quatre leviers pour l’autonomie

Publié le 01/10/2026 · Par Nicolas Gary

Du terrain de football aux traitements de la ménopause, des semences paysannes aux violences numériques, plusieurs initiatives récentes donnent une traduction pratique aux droits des femmes. Au Brésil, en Espagne, en Afrique australe ou dans les espaces numériques, lois, institutions et réseaux tentent de transformer les principes d’égalité en mécanismes durables d’accès, de protection et d’autonomie.

Des femmes vannant des graines de sorgho au Rwanda - Joseph Lionceau CC BY SA 4.0

Les terrains diffèrent, les leviers aussi. Une nouvelle loi encadre le développement du football féminin au Brésil ; une institution espagnole interpelle les autorités sanitaires sur des pénuries de traitements hormonaux ; quatre initiatives portées par des femmes sont distinguées à Stockholm ; les Émirats arabes unis lancent un programme international contre les violences numériques. Derrière ces actualités se dessine une même question : comment faire passer les droits proclamés dans les pratiques, les institutions et les politiques publiques ?

Au Brésil, cette évolution passe désormais par la loi. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a promulgué, le 28 septembre, la loi n° 15.522, qui fixe des orientations nationales permanentes pour le développement du football féminin, rapporte Agência Brasil. Le texte répartit les responsabilités entre l’État, la Confédération brésilienne de football (CBF) et les clubs. Les structures qui forment de jeunes athlètes devront notamment maintenir une équipe féminine. Les organisations assurant la formation de joueuses bénéficieront des mêmes droits et avantages que celles consacrées au football masculin.

Le ministère des Sports devra favoriser la pratique chez les filles, renforcer les compétitions de formation à tous les âges, soutenir la création et le maintien d’équipes professionnelles et de jeunes. Avec les clubs et la CBF, il lui reviendra également d’élaborer des protocoles de prévention et de lutte contre le racisme, les discriminations, les préjugés et les violences visant les femmes. Ces protections concernent les joueuses, arbitres, entraîneuses, supportrices, dirigeantes, professionnelles de l’éducation physique et, plus largement, celles qui travaillent dans cet univers.

Le texte prévoit aussi des partenariats entre écoles, universités et clubs pour identifier et former de nouveaux talents. Il doit favoriser l’emploi féminin dans l’arbitrage, l’encadrement technique ou la direction sportive. La loi modifie par ailleurs le régime des sociétés anonymes de football : un club souhaitant adopter ce statut devra former des athlètes féminines et masculins, ou se consacrer exclusivement au football féminin. Le calendrier donne à cette réforme une portée particulière : le Brésil accueillera la Coupe du monde féminine du 24 juin au 25 juillet 2027. Un plan doit organiser l’héritage social, sportif et financier laissé par la compétition.

D’un terrain à l’autre, la question de l’égalité se déplace vers l’accès aux soins. En Espagne, l’Instituto de las Mujeres a demandé au ministère de la Santé de traiter « de façon prioritaire et urgente » les pénuries de médicaments utilisés dans les thérapies hormonales de la ménopause, rapporte El País. Ces difficultés touchent également les femmes trans suivant un traitement hormonal.

Le quotidien espagnol a eu accès à deux courriers signés le 28 septembre par Cristina Hernández Martín, présidente de l’organisme dépendant du ministère de l’Égalité. Ils transmettent à l’Agence espagnole des médicaments et des produits de santé (AEMPS) et à la Direction générale du portefeuille commun de services du système national de santé et de la pharmacie les plaintes reçues depuis le 25 septembre de particuliers et d’associations de femmes. Deux difficultés sont pointées : les ruptures d’approvisionnement, qui compliquent la continuité des traitements, et l’absence de financement public de certaines solutions de remplacement.

L’Instituto réclame donc des mesures garantissant les approvisionnements et demande que d’autres médicaments de traitement hormonal substitutif puissent bénéficier d’une prise en charge. Les plaintes sont transmises comme de possibles cas de discrimination fondée sur le sexe. Les courriers ne qualifient toutefois pas eux-mêmes la pénurie de discrimination indirecte : ils demandent aux organismes compétents de contribuer à corriger les inégalités manifestes liées au sexe dans le domaine sanitaire. Le ministère de la Santé, interrogé par El País, assure travailler depuis plusieurs mois au rétablissement des stocks et indique que les entreprises commercialisant certains produits doivent reprendre leurs livraisons à partir de novembre.

La reconnaissance des droits peut aussi partir d’organisations constituées hors des institutions publiques. Le Right Livelihood Award 2026 a été attribué à l’avocate pakistanaise Jalila Haider, à la chercheuse en intelligence artificielle Timnit Gebru, à la Georgian Young Lawyers’ Association et à la Rural Women’s Assembly. Selon l’Associated Press, qui s’appuie sur l’annonce de la fondation établie à Stockholm, les quatre lauréats ont été choisis parmi 200 candidatures provenant de 72 pays.

Les formes d’action distinguées sont très différentes. Jalila Haider, première femme avocate issue de la communauté hazara au Pakistan, défend notamment des minorités ethniques, religieuses et de genre ainsi que des réfugiés. Son cabinet a aussi aidé plus de 600 militants politiques et défenseurs des droits humains à retrouver leur liberté de circulation.

La Rural Women’s Assembly rassemble de son côté plus de 178.000 petites agricultrices dans onze pays d’Afrique australe. Le mouvement défend notamment leurs droits à la terre, aux semences et à l’autonomie corporelle. Il a créé 24 sites où des agricultrices reproduisent et conservent des graines destinées aux plantations futures, tout en documentant des centaines de variétés locales. Ici, la transmission passe très concrètement par la conservation et l’échange de semences traditionnelles.

Fondée en 1994 par des juristes bénévoles, la Georgian Young Lawyers’ Association est récompensée pour son travail en faveur de la démocratie et des droits civiques en Géorgie. D’après Right Livelihood, l’association a notamment obtenu des avancées juridiques concernant les personnes handicapées, la gratuité de l’éducation pour les enfants et l’indemnisation de victimes de la répression soviétique. Timnit Gebru, née en Éthiopie et fondatrice du Distributed AI Research Institute, est pour sa part distinguée pour ses recherches sur la concentration du pouvoir dans l’intelligence artificielle et les préjudices produits par certains systèmes, particulièrement auprès de populations confrontées aux discriminations et à l’exclusion.

Du contrôle des semences à celui des technologies, une même préoccupation apparaît : disposer des ressources et des outils nécessaires pour ne pas subir les décisions prises ailleurs. Cette interrogation rejoint directement le dernier volet de cette revue, consacré à la participation des femmes dans les espaces numériques.

Aux Émirats arabes unis, SAFE-T a été présenté à Abou Dhabi lors du 15e Congrès des Nations unies pour la prévention du crime et la justice pénale, indique The National. Placé sous le patronage de Sheikha Fatima bint Mubarak, présidente de la General Women’s Union, le programme associe cette organisation, le ministère de la Justice et l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime. Son objectif : combattre les violences envers les femmes facilitées par les technologies.

SAFE-T doit articuler législation, culture numérique et coopération internationale. Son modèle, baptisé « Upstander », coordonne neuf stratégies, parmi lesquelles la réduction de la fracture numérique, le renforcement des capacités des forces de l’ordre, la responsabilisation du secteur technologique et la standardisation de la collecte des données. Le projet prévoit également une boîte à outils consacrée à la sécurité numérique et une coalition mondiale dans ce domaine. Il s’inscrit dans le prolongement de la Cyber Pulse Initiative for Women and Family, développée par la General Women’s Union avec le Conseil de cybersécurité des Émirats, et désormais étendue à l’international sous le nom de Cyber Pulse Academy for Women and Family.

À ce stade, SAFE-T reste un programme nouvellement lancé : ses résultats ne peuvent donc pas encore être mesurés. Cette réserve distingue utilement les différents niveaux d’avancement observés dans ces quatre actualités. Le Brésil vient d’inscrire des obligations dans la loi ; en Espagne, une institution saisit les autorités sanitaires ; le Right Livelihood Award distingue des organisations et des personnalités déjà engagées sur le terrain ; aux Émirats, un cadre international commence à se déployer. Quatre manières, en somme, de faire passer l’égalité du principe aux structures chargées de lui donner prise sur le réel.

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