Des livres aux rues de Nairobi, cinq paroles de femmes

Publié le 09/07/2026 · Par Team Les Braqueuses

Livres envoyés en prison, football social au Mexique, résolution de l’ONU sur l’Afghanistan, débat public à Marrakech et mobilisation à Nairobi : El País, Reuters, Associated Press et Arab News suivent cinq scènes où les droits des femmes passent par la lecture, le sport, la diplomatie, les médias et la rue. Une revue sur les espaces qui donnent voix, protection ou visibilité à celles qu’on entend trop peu, sans transformer ces avancées en promesses générales.

Dans les prisons espagnoles, la lecture devient un fil de conversation avec des femmes souvent absentes des politiques culturelles. El País rend compte du premier rapport d’A las olvidadas, initiative portée depuis huit ans par l’association Teta y Teta. Le projet a fait parvenir plus de 12.000 livres à des détenues dans 23 établissements pénitentiaires, en les accompagnant de dédicaces personnelles. Le quotidien espagnol rappelle que les femmes représentent 7 % de la population carcérale, que 80 % d’entre elles sont mères et que 88 % ont subi des violences machistes, selon les données présentées dans le rapport.

L’entreprise a commencé avec Une chambre à soi, de Virginia Woolf, avant de s’élargir à plusieurs familles de textes : généalogie féminine, pensée critique et féministe, développement personnel, fiction populaire. El País souligne aussi le rôle des clubs de lecture et d’un glossaire de jargon pénitentiaire élaboré par les détenues elles-mêmes. L’intérêt du sujet tient à ce croisement rare entre livre, médiation, prison et droits culturels. Le rapport d’A las olvidadas ne présente pas la lecture comme un supplément d’âme, mais comme un accès concret à des récits, à une langue commune et à un échange avec l’extérieur.

À Mexico, c’est le sport qui sert de levier de visibilité. Reuters suit Khalida Popal, ancienne capitaine de l’équipe féminine afghane, installée dans la capitale mexicaine, où elle plaide pour que l’héritage social de la Coupe du monde 2026 ne se limite pas aux stades. Son organisation Girl Power travaille avec des structures locales pour organiser des cliniques de football auprès d’enfants réfugiés et de communautés marginalisées. Reuters rapporte que Popal voit dans ce rendez-vous sportif une occasion d’inclure les femmes, les réfugiés et les publics laissés à l’écart de la fête commerciale.

L’article fait le lien entre le parcours de Popal, contrainte à l’exil, et son action actuelle au Mexique. Il rappelle que le football féminin afghan a été profondément lié à l’activisme, faute de soutien institutionnel durable. Popal salue les progrès du football féminin mexicain, notamment la Liga MX Femenil, tout en alertant sur le risque de voir la commercialisation du jeu étouffer les voix des sportives. Ici, le terrain devient un espace politique au sens concret du terme : un lieu d’apprentissage, de présence collective et de reconstruction pour des femmes ou des enfants dont l’expérience tient souvent à la migration, à la marginalisation ou à l’effacement.

L’Afghanistan revient dans la sélection par la voie diplomatique. L’Associated Press rapporte l’adoption à l’unanimité, par le Conseil de sécurité de l’ONU, d’une résolution demandant aux talibans de revenir sur les restrictions imposées aux femmes. Le texte prolonge aussi la mission politique des Nations unies en Afghanistan, l’UNAMA, jusqu’en juin 2027. L’agence indique que la résolution appelle à une aide humanitaire sans discrimination et à la participation pleine, égale et sûre des femmes, des minorités, des jeunes et des personnes en situation de handicap.

Ce vote ne change pas à lui seul la situation des Afghanes, mais il fixe un cadre de pression internationale et maintient un instrument de suivi sur place. AP rappelle que les restrictions talibanes s’inscrivent dans une crise plus large, marquée par les besoins humanitaires et les tensions sécuritaires. La résolution rattache les droits des femmes à la gouvernance, à l’accès à l’aide et à la stabilité du pays. Après les livres envoyés derrière les murs et le football pratiqué en exil, le sujet replace la voix des femmes dans une arène institutionnelle où leur participation demeure explicitement demandée.

Au Maroc, la parole publique passe par un format radiophonique international. Arab News annonce l’arrivée à Marrakech d’une édition spéciale de BBC World Questions, consacrée aux jeunes Marocaines et au changement. La source originelle clairement identifiable est l’émission de la BBC, prévue le 10 juin. Le programme devait placer au centre du débat les droits et le rôle des femmes dans un monde en transformation, avec des sujets tels que la réforme du droit de la famille, le mariage des enfants, la polygamie, l’héritage et le harcèlement sexuel.

La revue y trouve un autre type de médiation : non pas un rapport, une résolution ou un programme sportif, mais une scène d’interpellation publique. Arab News ne présente pas une réforme déjà adoptée ; l’article signale un espace de débat où les jeunes femmes marocaines sont invitées à discuter de normes familiales, de droit et de société. Cette distinction compte : l’enjeu n’est pas de conclure sur l’issue de ces discussions, mais de constater qu’un média international consacre une émission à des questions qui touchent directement les conditions de vie, de parole et d’autonomie des femmes.

À Nairobi, enfin, l’Associated Press décrit une mobilisation de centaines de femmes demandant au gouvernement kényan de déclarer les violences fondées sur le genre comme crise nationale. La manifestation intervient après une série de violences et de féminicides signalés par des organisations de défense des droits des femmes. Les participantes ont marché dans la capitale, portant notamment un cercueil symbolique et des messages contre les meurtres de femmes.

L’article mentionne aussi la création récente d’une unité spécialisée de police chargée de ces affaires, associant renseignement criminel, enquêteurs spécialisés, médecine légale et autres expertises. Les organisations mobilisées réclament une réponse plus urgente de l’État et avaient lancé un ultimatum de quarante jours avant d’organiser des actions plus larges. Dans cette dernière séquence, la rue, la police et les associations composent une même chaîne de visibilité : nommer les violences, les documenter, exiger une réponse publique et tester la capacité des institutions à protéger.

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