Femmes journalistes, IA, santé au travail : l’effacement persiste
Trois enquêtes récentes replacent la parole des femmes au centre du débat public : journalistes syriennes tenues à distance du terrain, reporters visées par des violences numériques amplifiées par l’IA, salariées exposées à une santé au travail pensée au masculin. De Damas aux réseaux sociaux, puis aux bureaux, des médias féministes et indépendants documentent encore une même mécanique d’effacement social, professionnel et médiatique durable.
Dans Medfeminiswiya, Angela Alsahwi ouvre la revue par une question : où sont passées les journalistes syriennes ? Le média féministe méditerranéen publie, le 2 mai 2026, un article nourri de témoignages dont les prénoms ont été modifiés. Maria, journaliste indépendante à Damas, raconte une candidature transformée en interrogatoire sur ses origines et son lieu de résidence ; l’employé, écrit-elle, « n’a même pas regardé » son CV. Hanaa, titulaire d’une carte de presse à Alep, décrit des missions retirées aux femmes au nom de la sécurité.
Reem, journaliste pour une plateforme indépendante, explique que ses collègues masculins obtiennent plus souvent les terrains sensibles. L’article ne décrit pas seulement une sous-représentation : il documente une distribution genrée des risques, de la visibilité et de la légitimité. Il souligne aussi que les médias alternatifs offrent un cadre plus favorable, sans garanties juridiques suffisantes contre les abus.
En appui, Medfeminiswiya rappelle une donnée du Reuters Institute : dans 240 grands médias étudiés, les femmes occupent 27 % des postes éditoriaux de premier rang, alors qu’elles représentent environ 40 % des journalistes.
Les Nouvelles News déplacent ensuite le regard vers l’espace numérique. Le 5 mai, Clara Authiat revient sur le dernier rapport d’ONU Femmes consacré aux violences en ligne contre les femmes engagées dans la vie publique, notamment les journalistes. Sur 641 professionnelles des médias interrogées dans 119 pays, 12 % déclarent une diffusion non consentie d’images personnelles, intimes ou sexuelles ; 27 % signalent des avances sexuelles non sollicitées par messagerie ; 6 % rapportent des deepfakes.
Le texte relie ces chiffres à un effet professionnel : la raréfaction des voix féminines et féministes dans les médias. Les violences ne restent pas derrière l’écran : l’article mentionne 24,7 % de cas d’anxiété ou de dépression, 13 % de syndromes de stress post-traumatique diagnostiqués et près de la moitié des répondantes pratiquant l’autocensure sur les réseaux sociaux. Dans leur travail, 22 % disent également s’autocensurer.
Avec Basta !, l’angle sort des rédactions, sans quitter la question du genre. Nolwenn Weiler interroge, le 29 avril, Marie Pezé, docteure en psychologie et initiatrice de la première consultation « Souffrance au travail » au centre hospitalier de Nanterre en 1997. Le grand format part d’un constat : les maladies cardiovasculaires constituent la première cause de mortalité chez les femmes, et le travail entre dans cette histoire.
Marie Pezé cite des cas signalés par le réseau Souffrance et Travail, puis des études nord-américaines et japonaises associant certains accidents cardiovasculaires à l’organisation du travail : semaines dépassant 70 heures, changements permanents de tâches, demandes organisationnelles juste avant l’épisode.
Elle insiste sur une invisibilité construite : les médecins interrogent les comportements individuels, rarement l’emploi ; les directions ne déclarent pas toujours l’accident ; les familles ignorent souvent leurs droits.