À l’école, sur scène, à la ferme : les femmes transmettent

Publié le 17/09/2026 · Par Nicolas Gary

Du Brésil à l’Italie puis à l’Australie, trois initiatives font de la transmission un levier d’action : des écoles inventent des outils contre la misogynie, cinq autrices portent leurs textes sur scène et une ancienne enseignante transforme une ferme laitière en lieu d’apprentissage. Dans chaque cas, pédagogie et création quittent le discours abstrait pour prendre une forme concrète, destinée à circuler bien au-delà de son point de départ.

eau-forte d'Albert Besnard, datée de 1887

Au Brésil, la lutte contre la misogynie entre dans les classes, mais aussi dans les jeux, les ateliers et les usages quotidiens de l’école. La Folha de S.Paulo décrit plusieurs établissements qui cherchent à dépasser la seule sanction pour faire de la prévention des violences faites aux femmes un travail pédagogique au long cours.

Au Colégio Rio Branco, deux élèves ayant eu des comportements misogynes envers une camarade ont été sanctionnés, puis engagés dans un parcours de réflexion : vidéos, conversation avec l’élève offensée, échanges avec des enseignants, puis présentation sur les jugements qui pèsent sur les femmes. La directrice générale, Esther Carvalho, défend une réponse éducative qui ne s’arrête pas à l’exclusion. Stéréotypes et préjugés sont abordés dans différentes matières, tandis que des situations de la vie scolaire deviennent le point de départ de discussions entre élèves.

Cette démarche s’inscrit dans un cadre national. La loi 14.164, promulguée en juin 2021, a modifié la législation brésilienne sur l’éducation pour intégrer, parmi les thèmes transversaux de l’enseignement de base, des contenus sur les droits humains et la prévention de toutes les formes de violence contre les enfants, les adolescents et les femmes. Elle a aussi instauré, chaque année en mars, une semaine scolaire de lutte contre les violences faites aux femmes dans les établissements publics et privés.

Dans les plus de 130 écoles du réseau Sesi de l’État de São Paulo, le programme Juventudes AntiMisoginia s’adresse aux élèves à partir de la neuvième année. Des comités réunissant jeunes et enseignants conçoivent leurs propres actions : fanzines, analyse critique de chansons, campagnes, conférences ou initiatives solidaires. Certaines empruntent des chemins moins attendus. Un escape room demande aux participants de résoudre des énigmes pour aider une femme fictive à sortir d’une situation de violence. Une « boutique de l’inconvenance » transforme, elle, les inégalités salariales et les phrases machistes en faux produits que personne ne devrait avoir à « acheter ».

La Folha observe ailleurs la même volonté de bousculer les habitudes. À l’Escola Vera Cruz, le partage de la cour a été revu pour réserver une place aux équipes féminines de football ; danse, crochet et broderie sont proposés en encourageant la participation des garçons. Au lycée viennent notamment les discussions sur le consentement, l’autonomie personnelle et l’équité de genre.

À l’Escola Estadual Heckel Tavares, dans l’est de São Paulo, la directrice Jucilane de Araújo Freitas a rendu publique en 2022 son histoire, marquée par de graves violences domestiques, dont une tentative de féminicide. Le sujet a ensuite nourri des outils pédagogiques, notamment des jeux de plateau fondés sur les orientations scolaires nationales. L’un d’eux, Mulheres que Brilham, met en scène des femmes ayant marqué l’histoire du Brésil et du monde. La directrice figure elle-même parmi les personnages.

De l’école à la scène, le support change, mais la transmission reste au centre. À Sant’Agnello, près de Naples, la deuxième édition de « Frammenti di Donna » doit réunir le 20 septembre théâtre, musique, danse et réflexion autour de la paix. ANSA souligne la singularité du dispositif : cinq autrices interpréteront elles-mêmes leurs œuvres devant le public.

Assunta Ferrante présentera Antigone, Maddalena Ferraro Il coraggio di essere diversi, Michela Mortella Gli invisibili, Carmen Pennacchio Zenella, la Cenerentola di Basile et Elisabetta Ricca Sono uno strumento di pace?. Leurs lectures seront accompagnées en direct au violon par Paola Mauro, sur des atmosphères musicales conçues par Annamaria D’Esposito. L’actrice Debora Caprioglio est également annoncée. Surtout, pour qui s’intéresse à la circulation des textes, les monologues ont été réunis dans une publication introduite par le metteur en scène et dramaturge Luciano Melchionna.

La manifestation est née d’une idée de Maddalena Ferraro, présidente de l’Associazione Vincenzo Ferraro, avec Salvatore Di Marzo à la direction artistique et le soutien de la commune de Sant’Agnello. Le programme doit également accueillir Concetta Damiani, de l’Université de Campanie Luigi Vanvitelli, ainsi que Zahra Muradi et Madina Haidari, respectivement militante et étudiante, au nom du Coordinamento Italiano Sostegno Donne Afghane. Textes écrits, interprétation scénique et témoignages se croisent ainsi au cours d’une même soirée.

En Australie, le passage de relais emprunte un détour agricole. Ancienne enseignante devenue éleveuse laitière en Australie-Méridionale, Narelle Zanker a été désignée AgriFutures Rural Woman of the Year 2026 au Parlement de Canberra, rapporte ABC News. Elle a grandi dans la ferme familiale, au bord du Murray, près de Mannum, et souhaitait d’abord devenir enseignante. Quatre ans après le début de sa carrière, elle a choisi de réunir ses deux univers.

Créé en 2024 avec le soutien de son mari et de sa famille, Dairy Adventures accueille familles et groupes scolaires dans l’exploitation. Les visiteurs peuvent nourrir les veaux au biberon, traire les vaches, parcourir la ferme et comprendre le chemin des aliments jusqu’à l’assiette. L’ancienne professeure cherche ainsi à réduire la distance entre producteurs et consommateurs en transformant l’exploitation en terrain d’apprentissage.

Son prix s’accompagne de 20.000 dollars australiens supplémentaires pour développer Dairy Adventures et porter le projet à l’échelle nationale grâce à des classes virtuelles. ABC précise que Kelly Shotton, pilote du Territoire du Nord et fondatrice de Stationly, a été désignée finaliste nationale. Sa plateforme numérique permet aux exploitations isolées de surveiller à distance réservoirs, forages et autres infrastructures d’eau.

D’une cour d’école de São Paulo à une scène de Campanie puis à une exploitation laitière australienne, ces expériences reposent finalement moins sur un discours commun que sur une même manière de transmettre : faire participer. Les élèves produisent des fanzines et inventent des jeux ; les autrices deviennent interprètes de leurs textes ; une éleveuse ouvre son exploitation aux enfants avant de préparer des classes virtuelles. Trois dispositifs locaux, donc, mais conçus pour que ce qui s’y apprend puisse ensuite changer d’échelle.

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