Femmes, culture et droits : quatre avancées encore fragiles

Publié le 13/08/2026 · Par Team Les Braqueuses

De Belo Horizonte à Madrid, du Piémont à l’Australie, quatre initiatives interrogent la place accordée aux femmes dans la culture, les droits et les politiques publiques. Un festival recentre la création sur les femmes handicapées, une libraire et éditrice voit son parcours reconnu, tandis que l’autonomie économique et la prévention des violences progressent dans les institutions. Des avancées différentes, toujours en construction.

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À Belo Horizonte, le déplacement commence sur scène et à l’écran. La sixième édition du Festival Acessa BH, organisée du 4 au 27 septembre 2026, réunit une trentaine de propositions artistiques venues de six États brésiliens et du Royaume-Uni. La Folha de S.Paulo souligne le parti pris de cette programmation : placer les femmes handicapées au centre de leurs propres histoires, au cinéma comme au théâtre.

Parmi les rendez-vous figure Surda, long métrage espagnol réalisé par Eva Libertad et porté par Miriam Garlo, récompensée par un Goya. Le film aborde la maternité du point de vue d’une femme sourde, en déplaçant le regard vers les questions de communication et d’appartenance. La surdité revient sur scène avec une pièce homonyme, écrite par Julia Spadaccini, mise en scène par Debora Lamm et interprétée par Benedita Casé Zerbini. Le spectacle puise dans l’expérience de la perte auditive et ses répercussions sur la vie personnelle et professionnelle.

Acessa BH ne se contente donc pas de présenter des œuvres accessibles : sa programmation donne une place centrale à des créations où le handicap cesse d’être observé de l’extérieur. Cette reprise en main de la représentation trouve un autre écho à Madrid, où la reconnaissance institutionnelle rencontre directement l’histoire du livre.

Lors de la troisième édition de la cérémonie « Orgullo y Justicia », María Rosario Alises, Emilia Hernández et Boti García Rodrigo ont reçu la Médaille de l’Ordre du Mérite constitutionnel pour leur engagement en faveur des droits LGTBIQ+ en Espagne. El País s’attarde notamment sur Emilia Hernández, dite Mili, fondatrice de la librairie Berkana et de la maison d’édition Egales.

Son parcours relie directement littérature, représentation et conquête d’une place publique. Après des séjours à Londres et New York, où elle découvre des ouvrages qui l’aident à se reconnaître comme lesbienne, Hernández ouvre Berkana en 1993 dans le quartier madrilène de Chueca. Lors de la cérémonie, elle revient sur le rôle des textes dans une Espagne où les références lesbiennes lui avaient longtemps manqué. Librairie puis maison d’édition prolongent ainsi une expérience de lectrice : mettre à la disposition d’autres personnes les livres qu’elle avait elle-même dû chercher ailleurs.

L’hommage comporte également une dimension mémorielle. Félix Bolaños, ministre de la Présidence, de la Justice et des Relations avec les Cortes, annonce l’installation d’une plaque en mémoire des femmes enfermées ou réprimées dans l’ancien bâtiment du Patronato de Protección de la Mujer.

Le lieu où se tient la cérémonie avait abrité cet organisme qui, pendant des décennies, punissait et enfermait celles qui ne se conformaient pas à la morale de l’époque, parmi lesquelles des lesbiennes. La distinction accordée à Hernández fait ainsi se rencontrer deux histoires : celle d’une répression institutionnelle et celle d’une culture qui a progressivement permis de produire et diffuser d’autres représentations.

En Italie, la question devient matérielle. Au Piémont, une proposition destinée à combattre la violence économique envers les femmes était restée bloquée près de deux ans. la Repubblica rapporte qu’un ordre du jour adopté à l’unanimité par le Conseil régional demande désormais que son examen avance selon un calendrier défini.

Porté par la conseillère Nadia Conticelli, le texte prévoit notamment des incitations pour les entreprises qui recrutent en contrat à durée indéterminée des femmes victimes de violences, des aides destinées à faciliter leur départ du foyer et des parcours d’éducation financière. Un chapitre budgétaire de 250.000 euros par an existe depuis 2025 pour soutenir ces mesures. Les bénéficiaires devraient remplir les conditions d’accès au reddito di libertà, l’aide italienne destinée à favoriser l’autonomie des femmes confrontées aux violences.

L’enjeu tient à la possibilité concrète de partir. La proposition traite la dépendance financière comme l’un des mécanismes susceptibles de maintenir une victime dans une situation abusive. Conticelli envisage de représenter le dispositif en septembre dans le cadre de la loi Omnibus, tandis que Marina Chiarelli, conseillère régionale chargée de l’Égalité des chances, s’est dite disponible pour travailler à son avancée. Rien n’est encore acquis : le mouvement tient pour l’heure à la remise en circulation politique d’un texte jusque-là enlisé.

En Australie, la prévention déplace le regard vers les hommes auteurs de violences. Le gouvernement fédéral veut accélérer l’adoption de normes nationales pour les programmes de changement de comportement, rapporte ABC News. Canberra souhaite que les États et territoires s’accordent avant la fin de 2026 sur des règles communes applicables à un secteur dont les pratiques restent disparates.

Selon les informations obtenues par ABC, le projet prévoit notamment des évaluations de risque et l’obligation de garantir aux victimes et aux enfants un accès à des services d’accompagnement après les séances. Les dispositifs concernés vont d’interventions d’une journée dans les écoles sur les relations respectueuses à des suivis de plusieurs mois auprès d’hommes ayant exercé des violences sur leur partenaire ou leurs enfants.

Le principe de standards nationaux avait déjà été accepté en 2024, sans calendrier précis. Leur conception est menée par le Gender and Family Violence Prevention Hub de Monash University. Une évaluation rapide destinée au National Cabinet avait identifié ces programmes comme une composante de la stratégie australienne de prévention, tout en relevant des écarts de qualité et un niveau de preuve variable. Le futur cadre doit précisément réduire ces disparités en maintenant la sécurité des femmes et des enfants au centre du dispositif.

Ces quatre articles ne décrivent ni la même échelle d’action ni le même degré d’aboutissement. À Belo Horizonte, des artistes reprennent la maîtrise de leur représentation ; à Madrid, livres, librairie et édition inscrivent cette conquête dans une histoire culturelle et mémorielle. Le Piémont et l’Australie cherchent pour leur part à traduire des constats déjà établis en instruments publics. Ces deux derniers chantiers restent ouverts : l’un dépend encore du parcours d’une proposition régionale, l’autre de l’adoption de normes communes à l’échelle du pays.

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