De la Syrie à Buenos Aires, la parole des femmes sous pression
Dans The Guardian, Medfeminiswiya et Página/12, trois articles récents relient violences numériques, exclusion des journalistes syriennes et mémoire des pionnières argentines. De l’espace numérique mondial aux rédactions de Syrie, puis à la Faculté des sciences sociales de Buenos Aires, la revue suit un même fil : la parole publique des femmes, sa fragilisation dans les médias et sa transmission par des archives militantes encore bien actives.
La première alerte concerne l’espace numérique. Dans un article publié le 1er mai 2026, The Guardian rapporte les conclusions d’un rapport d’ONU Femmes sur les violences en ligne visant les femmes engagées dans la vie publique, notamment journalistes, militantes des droits et communicantes publiques. La source originelle apparaît clairement : ce rapport associe l’aggravation du phénomène à l’intelligence artificielle, à l’anonymat et à l’absence de lois efficaces ou de mécanismes de responsabilité.
Les chiffres retenus par le quotidien britannique donnent l’échelle du problème. Sur plus de 600 femmes interrogées, 6 % déclarent avoir subi des deepfakes, près d’un tiers signalent des avances sexuelles non sollicitées en ligne et environ 12 % indiquent que des images d’elles ont circulé sans leur consentement. L’article décrit aussi des effets professionnels : 45 % des femmes journalistes interrogées disent s’autocensurer sur les réseaux sociaux, près de 22 % dans leur travail.
Cette pression sur la visibilité trouve un prolongement dans l’enquête de Medfeminiswiya, publiée le 2 mai 2026 et signée Angela Alsahwi. Le média féministe méditerranéen part d’un paradoxe syrien : le pays a gagné 36 places dans le classement annuel de Reporters sans frontières publié le 30 avril 2026, passant selon l’article du 177e au 141e rang après la chute du régime de Bachar al-Assad, mais la présence des femmes dans le paysage médiatique reste limitée et traversée par des formes complexes de marginalisation.
Le reportage s’appuie sur plusieurs témoignages anonymisés. Maria, journaliste indépendante de 26 ans installée à Damas, raconte un entretien d’embauche transformé en discussion politique, sans examen de son CV. Hanaa, 22 ans, rattachée à la direction des médias d’Alep et titulaire d’une carte du Syrian Journalists Union, décrit la préférence accordée aux hommes pour les reportages de terrain, sous couvert de protection. L’article ajoute la question de l’apparence, à travers le cas d’une journaliste portant le niqab, critiquée ou écartée de certaines apparitions publiques.
Medfeminiswiya élargit ensuite le constat aux structures professionnelles. Le média cite le Reuters Institute for the Study of Journalism, selon lequel les femmes occupent 27 % des postes éditoriaux dans 240 grandes organisations médiatiques, alors qu’elles représentent environ 40 % de la main-d’œuvre journalistique. Il mentionne aussi le rapport annuel 2024 de la Syrian Journalists Association, qui documente 21 violations contre des journalistes en Syrie entre janvier et septembre. L’exclusion des femmes affecte donc les récits produits par les médias autant que les carrières individuelles.
La troisième étape déplace l’attention vers la mémoire militante. Le 24 mai 2026, Página/12 publie, sous la signature d’Euge Murillo, un article consacré aux quarante ans du premier Encuentro Nacional de Mujeres. Le quotidien argentin rapporte une réunion de pionnières féministes à la Faculté des sciences sociales de l’Université de Buenos Aires, entre mémoire vive, célébration et rappel du rôle des Encuentros comme piliers du mouvement. Aucune source originelle distincte ne se dégage clairement : l’article fonctionne comme un compte rendu de rencontre et de transmission.
Ce dernier texte replace les deux premiers dans une perspective plus longue. Là où le Guardian décrit des attaques qui poussent des femmes hors des espaces numériques, et où Medfeminiswiya montre l’éviction de journalistes syriennes des lieux de décision ou de terrain, Página/12 observe un travail de continuité : réunir des pionnières, nommer une histoire collective, inscrire l’expérience dans un lieu universitaire. Les trois articles convergent vers une même question journalistique : qui parle publiquement, qui garde l’accès aux médias, et quelles mémoires aident les voix féministes à durer.